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THIEL SUR ACOLIN: Plaque commémorative Pierre et Joseph MONNET, Les 30 faux maquisards.
THIEL SUR ACOLIN: Plaque commémorative Pierre et Joseph MONNET, Les 30 faux maquisards.

THIEL SUR ACOLIN: Plaque commémorative Pierre et Joseph MONNET, Les 30 faux maquisards.

THIEL SUR ACOLIN: Plaque commémorative Pierre et Joseph MONNET, Les 30 faux maquisards.

Plaque commémorative en hommage aux deux fusillés par les Allemands le 16 août 1944

À LA MÉMOIRE DE

MONNET Pierre 63 ans

ET DE


MONNET Joseph 23 ans

SON FILS

VICTIMES INNOCENTES DES BARBARES

FUSILLÉS PAR LES ALLEMANDS

LE 16 AOÛT 1944

NE LES OUBLIONS PAS

Article du journal VALMY du 5 décembre 1944
Article du journal VALMY, signé Henri LAVILLE, du 6 décembre 1944

Transcription de l’article paru dans le journal VALMY des 6 et 7 décembre 1944

Le 16 août

À THIEL-SUR-ACOLIN On a fusillé deux innocents

Quand on a dit les milliers et les milliers d’êtres torturés, déchiquetés ou asphyxiés, ou jetés vivants aux fours crématoires, quand on dit les yeux arrachés, les membres sciés, les ventres ouverts et tous les raffinements de l’atroce et de l’horrible, cela semble puéril d’écrire: « on a fusillé deux innocents ». Les mots sont usés. C’est à peine si on entend le claquement des armes.

Mais dans ce petit pays de Thiel, à quelques vingt kilomètres à l’est de Moulins, l’écho va s’en répercuter d’âge en âge. Et c’est parce que la France est faite d’une multitude de bourgs tragiques comme celui-ci où la vengeance s’impose aux cœurs les plus généreux comme un devoir sacré que ces deux morts, à nos yeux, prennent figure de symboles.

Ceci se passait en août dernier. Depuis plusieurs mois, un train de radio repérage ennemi, stationnait en gare de Thiel et la troupe y cantonnait, surveillée de près par les résistants locaux. ces derniers n’avaient pas d’armes, mais, par tous les moyens en leur pouvoir, ils facilitaient la besogne des maquis environnants, ce, ceux de Jaligny, de Dompierre, de Neuilly le Réal, qui, approvisionnés par les parachutages, attendaient l’heure H.

Or deux des allemands de Thiel, ayant volé à un paysan du Donjon, un cheval et un petit break avec lequel ils allaient chaque jour chercher du lait dans les fermes voisines, une grosse récompense était promise à qui reprendrait l’attelage. Et c’est ainsi que le 15 août, vers 20 heures 30, un groupe de maquisards étrangers à la commune, postés sur la route de Saint Pourçain sur Besbre, surprend les deux soldats ennemis comme ils arrivent chez les Minard au domicile de la Girette.

L’intention des nôtres est de s’emparer de tout l’équipage. Mais l’un des deux allemands apercevant les deux maquisards, tire son révolver. Alors les coups de feu claquent. L’un des allemands est tué sur le coup, tombe dans le fossé près de la ferme. Le cheval effrayé emporte l’autre qui, grièvement blessé, culbute dans la carriole et expire sur le côté du chemin. Le cheval casse ses harnais et reprend à toute allure le chemin du bourg.

Pour les maquisards, il n’y a qu’une solution, c’est de cacher les corps au plus vite. Ils les chargent sur le chariot et vont les camouflés derrière une haie, dans un pré voisin., propriété de la famille Monnet. Presque aussitôt l’un des fils Monnet, un jeune homme de 24 ans, alerté par le bruit de la fusillade, sort de sa ferme et s’affole de voir les deux cadavres sur ses terres. Que faire ? Il court à la mairie prendre conseil. Ne vaudrait il pas mieux, pour éviter tout ennui au pays et couvrir la retraite du maquis, porter les corps dans le bois des Bardiaux, tout proche et les y enfouir? C’est l’avis de plusieurs personnes. Monnet de retour chez les siens, s’apprête la besogne.

Mais le cheval, débridé, a eu le temps d’arriver à la gare. Les allemands, d’abord interloqués, ont sauté en camion et sont partis à la recherche de leurs camarades.Ils ont suivi, au hasard, plusieurs routes. Les voilà sur les lieux. Trace de sang, douilles, les deux cadavres sont encore là, dans le buisson.

Furieux, les soldats se précipitent dans la ferme la plus proche, la ferme des Monnet. Toute la famille est là: le père, la mère et les deux fils. L’ainé, jeune homme de 33 ans, gravement malade, vient à peine de se lever. Vous imaginez l’interrogatoire: des hurlements, des cris de rage, des coups. Bousculée, la mère tombe. Elle se relève pour voir les brutes s’emparer de son mari et de son plus jeune fils. Ils vont les tuer c’est sûr. Tout de suite peut être. « Je vous en supplie, laissez les moi. Je vous jure qu’ils n’ont rien fait. Je vous le jure … ». Elle s’est jetée à leurs genoux, elle supplie, elle sanglote. Au bord de l’inconcevable son cerveau se brouille. « Laissez mon frère, crie l’ainé. S’il vous en faut un, prenez moi. Pour ce que je vaux ! … »

De ces arguments là, un allemand se moque bien. On emmène les deux hommes à la gare. On les enfermes dans une petite baraque près de la voie où toute la nuit, on les tiendra étroitement surveillés.

A n’importe quel prix, il faut sauver la vie de ces deux hommes.. Le maire de Thiel est sur des charbons ardents. Il alerte le Préfet, le commissariat de Moulins. Il appelle les gendarme de Dompierre et se rend avec eux à la gare de Thiel, dès l’aube. Le voyant approcher, les allemands, mitraillette au poing, se précipite sur lui, criant:  » le bourgmestre, le bourgmestre ». Ils l’entourent de près. Longue et stérile discussion. Le maire n’obtiendra rien d’eux. On le prévient qu’à dix heurs il sera confronté avec les prisonniers. Il n’attend pas. Il bondit à Moulins, et, accompagné du commissaire de Police, il se rend chez le Préfet. Tous les trois vont à la feldkommandantur. Une heure et demi d’entretien. Par quatre fois on téléphone au chef de train de Thiel et au colonel allemand de Nevers. On insiste auprès de ce dernier pour qu’il donne un ordre précis. Peine perdue: il laisse le chef de train complètement libre.

Au début de l’après midi, nouvelle démarche de l’interprète du Préfet auprès de la feldkommandantur. Pas de résultat. On revient à Thiel. On retourne à la gare.

« Qu’on garde les prisonniers comme otages, mais qu’on ne les fusille pas, puisqu’il est prouvé qu’ils sont innocents ». L’interprète s’épuise à faire prévaloir cette solution. Le chef de train l’accepte, puis se rétracte, accepte de nouveau, se rétracte encore. Il y a près de lui un adjudant chef (membre de la gestapo, m’a-t-on dit) qui exige éxécution immédiate, un adjudant chef aux yeux duquel ces deux vies innocentes ne suffisentt pas d’ailleurs et qui aurait voulu fusillé aussi deux membre de la famille Minard, voisine et parente de la famille Monnet, selon lui aussi coupable. Les Minards effrayés et prévoyant le pire, s’étaient enfuis la nuit et, le matin, par représailles, on avait brulé leur ferme.

Et c’est la voix de ce sous officiers qui, en fin de compte, l’emportera, malgré d’ultimes supplications, malgré l’offre d’un million et plus à titre d’échange …

Ils ont dit au Maire: « Vous trouverez cinquante hommes pour assister à l’exécution. Et s’il y a le moindre bruit, nous en fusillerons dix »

À six heures du soir, place de l’église, les cinquante hommes qui vont avoir le privilège de l’horreur, sont là, immobiles et blêmes. On a braqué quatre mitrailleuse. Temps gris. Un silence terrible pèse sur le bourg. Derrière ses portes et ses volets clos, Thiel attend le crime et n’ose ni bouger ni respirer. Silence pire que le mort.

De la gare, un camion amène les deux prisonniers, menottes aux mains. On les fait descendre. Et le Maire, devant tous, est contraint de lire un papier que lui tend l’officier allemand. Les bourreaux ont le soucis de justifier leurs balles..

« Ces deux hommes seront fusillé pour avoir porté aide aux terroriste ! »

Calmement, sans un mot, les deux victimes se laissent conduire. Voyant autour de lui tous ces hommes de sa terre et de sa race qui souffrent de rage impuissante, le père, malgré les menottes lève ses mains vers eux en guise d’adieu. Le fils marche pied nus. Il a l’œil gauche crevé.

L’abbé Dory, curé de Thiel, qui a lui même tenté plusieurs démarche auprès des allemands, s’approche alors des condamnés. Il leur tends le christ à embrasser. Il les embrasse à son tour. Les voila contre le mur, le visage près de la pierre.

À quelques mètres derrière eux, deux boches, armés de mitraillettes font feu de bas en haut. Le fils s’écroule le premier, tué d’une balle à la nuque. Le père n’est atteint qu’aux jambes. Il s’affaisse sans un cri. Mais voyant son bourreau s’approcher de lui et remettre un chargeur dans son arme pour tirer à bout portant, il a un geste de suprême et instinctive défense: il lève un bras pour se cacher le visage.

On a conduit les deux corps dans l’église. On a fait aux deux martyrs, des funérailles comme jamais Thiel n’en avait vues. Six combattants de 14 conduisaient le cercueil du père, six jeunes gens celui du fils. Il y avait tout le pays derrière eux. Et toutes les fleurs du pays.

« Heureux ceux qui sont morts pour une juste guerre » a dit le poète.

« Heureux les épis murs et les blés moissonnés ».

Mais qui sèmera aujourd’hui, qui récoltera demain pour la pauvre veuve dont la raison s’en va et pour son fils que la douleur ronge plus encore que le mal …?

Henri LAVILLE

Note: le fils ainé age de 33 ans, gravement malade, au moment des faits, décèdera le 25 novembre 1945.

Article du journal VALMY du 6 décembre 1944

Les 30 faux maquis armés qui pillaient des fermes dans la région de Thiel-sur-Acolin

Article du journal VALMY du 28 septembre 1944

Transcription de l’article du journal VALMY du 28 septembre 1944

Sous les ordres du Commandant VERNEUIL des F. T. P. F. , deux détachements de la Compagnie Danièle CASANOVA arrêtent 30 faux maquis armés qui pillaient des fermes dans la région de Thiel-sur-Acolin

Depuis plusieurs jours, les fermiers des environs de Thiel-sur-Acolin de de Saint-Pourçain-sur-Besbre, se plaignaient d’un groupe de maquisards, cantonné dans une ferme près du château du « Pal » et qui pillaient les fermes des alentours. Certaines femmes, arrêtées par eux et emmenées dans la grange de la ferme subissaient de véritables orgies indignes d’officiers et de soldats se disant bons français.

Le Lieutenant ALFA, agent des renseignements, enquêta sur place, recueillant de précieux renseignements. des témoins vinrent faire leur déclaration au Commandant VERNEUIL, second du Commandant de la place de Moulins.

En plein accord avec le Préfet de l’Allier, le Commandant VERNEUIL se chargea de l’opération et ordonna une battue immédiate afin d’arrêter ces maquisards chez lesquels devaient se cacher des « crapules ».

L’EXPÉDITION

Dans la soirée de samedi dernier tout est décidé. Le soir, à 19 heures 30, un convoi d’une cinquantaine de soldats et officiers part sous son commandement.

Bien équipés, les soldats, dont beaucoup sont des jeunes Moulinois engagés, vont pour la première fois en expédition.

– Mais ou allons nous ? demandent les uns et les autres.

Il fait nuit noire et le convoi roule lentement sur la route de Thiel. À Montbeugny, les gens sont sur le pas des portes et regardent avec curiosité nos soldats.

Dans Thiel, le Commandant Verneuil s’arrête et parlemente avec le Commandant de la place de la localité. Puis le convoi continu.

AUX APPROCHES DE LA FERME

Deux témoins sont dans la voiture et nous indiquent le chemin.

– C’est encore loin ? demande le Commandant.

– Non, mon Commandant, encore quatre kilomètres.

– Très bien ! faites arrêter les voitures à environ 2 kilomètres de la ferme.

Nous roulons dans un chemin de traverse défoncé par la pluie. A 2 kilomètres du lieu dit « Le Pal », le convoi s’arrête et tout le monde descend. Le Commandant donne ses ordres:

– Formez deux groupes. Que personne ne parle sur les rangs ! Capitaine Martinot, vous partirez à trente mètres derrière mon peloton ! Tout le monde est prêt ?

– Oui mon Commandant ! répondent les officiers.

– En route ! longez les bords du chemin !

Le ciel est couvert. Au loin les chiens sont en éveil et aboient rageusement.

On brûle l’étape de la première ferme. Les gens se demandent ce qui arrive. Le Commandant laisse trois hommes en garde.

– Le mot de passe, France d’abord !

La troupe continue. On entend le pas cadencé des soldats en marche. Parfois le pied tombe dans une flaque d’eau.

– Avons nous encore beaucoup de chemin à faire ? demande le Commandant.

– Non ! trois cents mètres

L’ATTAQUE

La colonne s’arrêta une seconde fois, et le commandant Verneuil donne de nouveaux ordres.

– Le premier groupe encerclera la ferme par derrière, le deuxième par devant. Les plus « gonflés » iront faire les sommations d’usage. Si la réponse est négative, au commandement, ouvrez le feu dans la direction de la ferme en tirant en l’air !

On repart bien décidé. Cette fois, dans le silence nocturne, on entend le bruit sec des culasses qui se ferment. Bientôt, au détour d’un chemin, on aperçoit les murs du château du « Pal »

Cinq hommes, dont un mitrailleur, restent là et prennent le mur en enfilade. Plus loin, c’est la ferme. Une lumière éclaire toute la cour. Dans la grange allumée, on entend des voix, des rires …

En un lin d’œil, la ferme est encerclée, l’éveil n’est pas donné. Tout à coup, une dizaine de vaillants soldats entrent dans la grange.

– Les bras en l’air ! que pas un ne bouge ! attention ! avancez !

Tous se mettent à plat ventre. On attend trente secondes et les soldats foncent de l’avant, encerclent les faux-maquisards pris au piège. En peu de temps ils sont désarmés. Tous se demandent ce qui se passe. Pas un coup de feu n’est tiré.

Le commandant s’approche des individus:

– Ici se cachent des « crapules », des « bandits » qui pillent la région et qui violent des femmes. Je suis mandaté par le Préfet de l’Allier pour vous arrêter ! je m’excuse auprès des honnêtes gens. Je veux voir le capitaine Georges !

L’homme ainsi interpellé s’avance, timidement.

– Capitaine Georges, au nom de la 4e République, je vous arrête.

Aussitôt deux soldats s’emparent de lui. Il essaie de résister, mais il est entre de bonnes mains.

– Que personne ne fasse un geste. Prévenez le groupe de venir en renfort immédiatement !

Les habitants de la ferme qui ne comprenaient rien à cette brusque intrusion de soldat en armes, fermaient leur porte et se barricadaient dans les chambres.

– Personne ne vous veut de mal. Nous venons simplement arrêter les mauvais soldats qui cantonnent dans votre garage.

Sans doute sont ils tranquillisés par les paroles du commandant, car aussitôtla porte s’ouvre. L’histoire leur est ensuite contée.

– Oh merci monsieur nous sommes soulagés d’un grand poids.

L’EXPLICATION

Le sang devait se glacer dans les veines des faux maquis qui ne bronchèrent pas un seul instant. Certains voulurent parler, mais le commandant, autoritaire, resta implacable …

– Allez chercher des témoins ! … Madame reconnaissez vous ces hommes pour vous avoir arrêté et fait du mal ?

– Oui ! tenez, celui ci … celui là encore … Elle en reconnut six ou sept.

– C’est honteux, capitaine Georges, d’accepter de vos hommes de pareils scandales ! Vous êtes Français ! oui ou non ! … enlevez lui ses galons d’officier ! Belle équipe !

Quatre femmes étaient également arrêtées: la maitresse du capitaine, une jeune femme de Brioude, prisonnière du capitaine et deux tondues. Quel beau tableau !

UN BON SOUPER

Dans la cour de la ferme, une bonne odeur nous met en appétit. En effet, deux cuistots du « Cirque du Maquis » -c’était le nom de leur cantonnement- activaient un bon feu. Dans la grande marmite cuisaient trois belles oies volées dans quelques basses-cours.

– Mes hommes ont faims, a dit le commandant. Tenez, voilà les oies, des conserves et du vin ! Installez vous et mangez !

En effet, les soldats étaient partis sans rien manger et ils avaient l’estomac bien creux. Ils l’avaient bien mérité.

EN ROUTE POUR LA MAL-COIFFÉE

À trois heures du matin, tout est fini. Les hommes et les quatre femmes, au nombre de 23 sont installés dans un car automobile. La mission terminée, on reprend le chemin du retour qui s’effectue sans incident. A quatre heure, la « Rafle » arrive à la Mal-Coiffée. Interrogés les uns après les autres, ils reconnaissent avoir fauté.

– Si vous mentez, dit le commandant, vous serez fusillé au levé du jour. À ceux qui ont terriblement manqué à leur devoir de soldat, régime du « mitard », du pain tous les quatre jours.

L’interrogatoire fini, ils sont placés, selon les cas, en cellule ou dans des chambres de sureté. La jeune femme de Brioude est relâchée.

– Dormez bien, messieurs ! à tout à l’heure ! dit le commandant en quittant la prison.

P. G.

Article du journal VALMY du 28 septembre 1944
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