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RÉSISTANCE EN BOURBONNAIS
Jean Baptiste DURAND, Gendarme à Bourbon l’Archambault

Jean Baptiste DURAND, Gendarme à Bourbon l’Archambault

(Des photos des différents lieux seront prochainement publiées)

Par crainte de voir ce témoignage disparaître, je reprends ici le récit du petit fils de Jean Baptiste DURAND, publié en 2012, sur la plateforme Blogspot sur ce lien https://jeanbaptistedurand.blogspot.com/

Je ne sais pas comment contacter cette personne ou d’autres descendant pour obtenir leur autorisation.

Si l’article republié ici pose un problème de droits, merci de prendre contact avec moi, il sera supprimé si cela m’est demandé..


Ceci est un témoignage rendu en souvenir des dernières semaines de la vie de mon grand-père.

Son « sort s’est joué » sur un enchaînement de mauvais concours de circonstances :

En refusant une invitation à dîner le 18 juin 1944,

En ne faisant pas parti des 300 détenus libérés de la prison de la Mal-Coiffée entre les 20 et 23 août,


En prenant le dernier train qui évacuera les 64 derniers internés de la Mal-Coiffée dans la nuit du 24 au 25 août à destination de Buchenwald, où il arrivera le 10 septembre,

En décédant le 4 mars 1945, 38 jours avant la libération du camp de concentration de Buchenwald.

Sur ce lien Transport parti de Belfort le 5 septembre 1944 (I.285.)

Né le 14 Juin 1896  à  PLUHERLIN   (Morbihan)      

Arrêté  par la Gestapo  le 18 Juin 1944 à  Bourbon-l’Archambault  (Allier)

Interné du 18 Juin 1944 au 24 Août 1944  dans une prison de MOULINS (Allier)

Parti de Belfort par convoi N° 459 le 5 Septembre 1944

Arrivé au Camp de  BUCHENWALD  le 10 Septembre 1944

Matricule :  85197

Commando LANGENSTEIN

Décédé  au  Camp de BUCHENWALD  le  4 Mars 1945


Bourbon l’Archambault, le 18 juin 1944

Ce 18 juin, étant de repos, Jean-Baptiste DURAND revenait d’aller voir sa fille, Marie-Thérèse, en nourrice, chez M. et Mme Jean GOVIGNON, fermiers aux Beugnants, à Saint-Plaisir. Ceux-ci lui avaient offert de rester dîner mais il avait gentiment refusé et était retourné à Bourbon l’Archambault. Son sort s’est joué sur ce refus[1].


            Témoignage de Mme Jacqueline QUILLIER-JANOT, fille d’Emile QUILLIER[2].
« Je tiens à préciser que nos parents étaient des résistants de la première heure, qu’ils ont pris une part très active à la résistance, et qu’ils ont, jusqu’à l’arrestation de mon père, toujours abrité des résistants.

A 20 heures, nous, parents et enfants QUILLIER, accompagnés d’un Polonais et d’un Anglais, parachutés de Londres quelques mois auparavant, nous dirigeons par l’allée centrale du Casino des Thermes, vers le cinéma. A hauteur de l’hôtel des Thermes, notre attention est attirée par des cris venant de deux autos, deux jeunes sont campés sur les marchepieds, armés de mitraillettes.
« Le maquis » murmure-t-on parmi les promeneurs.
Les voitures tournent sur la place des Trois Puits. Nous attendons … « Ils sont chez les QUILLIER … »
Une brève concertation entre les hommes : « Ce n’est pas le maquis !  C’est peut-être la milice ».
Notre père décide alors que les deux résistants qui assurent la liaison du maquis avec Londres, à l’aide de deux postes émetteurs, doivent partir immédiatement vers l’église où un prêtre polonais peut les aider. La famille QUILLIER leur donne une heure pour se mettre hors d’atteinte ; au bout d’une heure, ils retourneront vers leur domicile.
La maison des trois Puits est investie. Les Bourbonnais s’attroupent à l’écart mais n’osent interpeller ceux qu’ils prennent pour des maquisards parmi lesquels ils ne reconnaissent aucun visage familier. Louis PEROZ[3] et Jean-Baptiste DURAND décident, dans un élan patriotique louable, de se mettre à la disposition du maquis (il faut bien se rappeler que le débarquement a eu lieu depuis le 6 juin et que les maquisards sont très actifs). A partir de ce moment là, L. PEROZ et J-B. DURAND sont toujours suivis par les miliciens. Ceux-ci se renseignent de l’endroit où ils peuvent trouver les QUILLIER qui ne sont pas chez eux.
Au parc, où L. PEROZ et J-B. DURAND nous ont rejoints, nous sommes sous surveillance et ne pouvons plus espérer partir. Notre père essaie de dire à L. PEROZ de se sauver, s’il en est encore temps, mais il ne comprend pas.
Les miliciens qui fouillent la maison, ont, bien sûr, découvert les deux postes émetteurs dont se servaient les deux résistants pour assurer la liaison avec Londres. Ils arrêtent J-B. DURAND, L. PEROZ et la famille QUILLIER, les amènent à l’hôtel des Sources, où les interrogatoires commencent pendant que la fouille continue.
Entre temps, un camion allemand est arrivé. Dans les salons de l’hôtel, nous sommes fouillés ainsi que les clients présents et gardés par des hommes en armes. Parmi ces clients, se trouvent deux juifs : Pierre WILDENSTEIN et Alain (Alejzy) EHRLICH (ancien champion du monde de ping-pong) qui rentre d’un match à Toulouse.
Nos parents nient connaître l’existence des postes, ce qui ne peut convaincre les Allemands.
Après avoir déménagé argenterie, meubles de valeur, argent (il y avait une grosse somme destinée au maquis), les miliciens et les Allemands arrosent la maison d’essence et y mettent le feu. Ils restent là à accomplir leur forfait ne laissant pas approcher les pompiers venus éteindre l’incendie.
L. PEROZ, J-B. DURAND, mon père, les deux juifs, sont invités sans ménagement à monter dans le camion et vont rester là à regarder brûler la maison. Le camion prend ensuite la direction de Moulins. Ils sont internés à la prison de la Mal Coiffée où ils seront interrogés et martyrisés.

            Compte-rendu du commandant LEFEVRE, commandant la section de Montluçon, sur l’arrestation par la police allemande du gendarme DURAND de la brigade de gendarmerie de Bourbon l’Archambault :
« Le 18 juin 1944 entre 20 et 24 heures, des opérations de police ont été effectuées par les autorités allemandes à Bourbon l’Archambault. Au cours de celle-ci, le gendarme Jean-Baptiste DURAND de la brigade de cette localité a été arrêté par la police allemande et conduit ainsi que d’autres civils à Moulins …
Cette arrestation n’a été connue que le 19 juin vers 11 heures, au moment du rassemblement des militaires de la brigade en cours de départ pour le regroupement de Moulins-La Madeleine.
Le commissaire des Renseignements Généraux de Moulins-La Madeleine a été avisé de cette arrestation. Il en a informé le Préfet de l’Allier. Le lieu de détention du gendarme DURAND n’a pu encore être découvert. Des recherches sont actuellement faites à Moulins. »

            L’action des miliciens aurait été décidée suite à des indiscrétions ayant indiqué que la famille QUILLIER détenait de l’argent destiné au maquis. Les deux personnes responsables ont été identifiées à l’automne 2004.


[1] Témoignage de Mme Govignon

[2] Né le 16/02/1907, électricien

[3] Né le 13/03/1906, mécanicien de cycles


La Mal Coiffée, du 19 juin au 24 août 1944

De par leur confession, Messieurs EHRLICH et WILDENSTEIN sont séparés des autres prisonniers. Ils sont transférés de la Mal Coiffée, prison allemande, à Drancy, où ils arrivent le 15 juillet 1944 comme l’attestent les copies des reçus issus des carnets de fouille à l’entrée du camp[1] et le registre des entrées qui note pour ce jour-là 54 entrées en provenance de Vichy[2].
La fiche d’Alain ou plutôt d’Alejzy EHRLICH mentionne qu’il habite à Bourbon l’Archambault et qu’il a déposé une somme de 8640 francs, acte obligatoire à son entrée dans le camp. Son nom figure sur la liste des déportés du convoi n°77 du 31 juillet 1944, dernier grand départ de Drancy composé de 1300 personnes dont plus de 300 enfants de moins de 18 ans à destination d’Auschwitz[3]. Cette liste précise qu’il serait né le 1er janvier à Komancya ou Komancza, ville de Pologne située à proximité de la frontière avec l’actuelle Slovaquie et à moins de trois cents kilomètres d’Auschwitz.
Concernant Pierre WILDENSTEIN, sa fiche indique qu’il est domicilié à Saint Hilaire et qu’il disposait à son entrée à Drancy de 4390 francs. En revanche, son nom n’apparaît pas sur la liste du convoi n°77, mais il est considéré comme rescapé de ce convoi.
Tous deux font partie des 214 survivants de ce transport.
D’ailleurs, à leur libération, Pierre WILDENSTEIN rentre s’installer à Bourbon l’Archambault et en 1946, il est membre de l’association « Ceux de la Mal Coiffée » dont le bulletin-annuaire précise qu’il est employé dans cette ville et qu’il habite rue Archambaudière[4].

            Emile QUILLIER, Jean-Baptiste DURAND et Louis PEROZ sont, quant à eux, déportés par le dernier train qui évacue le personnel de la prison de la Mal Coiffée et 64 derniers internés soit disant pour les protéger.
M. Georges JABEAUDON de Chamblet effectue, dans le même wagon qu’eux, le trajet vers Buchenwald. Et voici son témoignage raconté par lui-même à son retour en 1945[5] :
« Vers le 20 août, les prisonniers apprirent qu’il n’avait presque plus de gardiens autour de la prison, une lueur d’espoir de pouvoir sortir, nous incita à braver nos oppresseurs. A la chambre 16 de la Mal Coiffée s’organisa la rébellion, c’est notre camarade Marcel HUGUET, un parisien patriote de 22 ans qui activa la libération de plus de 300 détenus. Par son sang-froid et son énergie, il demanda à l’adjudant-chef la libération totale et immédiate de tous les détenus. Les boches ne se sentant pas très forts à Moulins et la peur des Mackiss-terroristes (et peut-être incapable d’assurer le transport de plus de 408 détenus selon Mme MONCEAU) les obligea à accepter la libération. Celle-ci s’échelonna sur 3 jours et le 23 août, les portes se refermèrent sur 64 prisonniers, hommes, femmes et même un enfant de 7 ans. Nous étions donc des otages.
Dans la nuit du 24 au 25 août, nous étions brutalement réveillés pour être embarqués dans un train venant de Nevers à la gare de Moulins. Là encore, nous pouvions juger l’hypocrisie des boches quand ils nous disaient : « Vous nous accompagnez jusqu’à la frontière pour préserver notre convoi et ensuite, l’on vous accordera votre liberté. »
Quelques-uns le croyaient encore, vain espoir, nous nous encouragions les uns les autres, nous nous disions : nous ne passerons pas, les voies sont coupées, le maquis attaquera peut-être le convoi ; tant et si bien que le train de la mort s’ébranla pour une destination inconnue.
Sans se faire apercevoir de nos gardiens nous adressions des adieux aux Moulinois qui regardaient partir le sinistre convoi avec les yeux pleins de tristesse et de rage. Ils pensaient : « Les boches s’en vont, quelle joie, mais ils emmènent leurs victimes ».  C’était nous des français, des patriotes.

[1] Centre de Documentation Juive Contemporaine, copies des reçus des carnets de fouilles comportant les sommes d’argent confisquées à A. EHRLICH et P. WILDENSTEIN à leur arrivée.

[2]Le calendrier de la persécution des Juifs en France 1940 – 1944, Serge KLARSFELD, édité par l’association « Les fils et Filles de Déportés Juifs de France » et « The Beate Klarsfeld Foundation », Paris, 1993, p.1054.

[3] Centre de Documentation Juive Contemporaine, copie de la liste originale du convoi de déportation n°77 du 31/07/1944.

[4] Bulletin-Annuaire 1946 « Ceux de la Mal Coiffée », p.20

[5]Dans les camps de la mort, Buchenwald-Ziesberg, Georges JABEAUDON, 1945, p15 à 18.


La déportation du 24 août au 10 septembre 1944

Aujourd’hui je peux donner l’itinéraire du sinistre convoi qui nous transporta à Buchenwald.
Le voyage fut long et dur, chaque détenu avait reçu comme nourriture un pain de 3 livres et quelques biscuits de guerre moisis, au départ de Moulins. A Paray le Monial nous sommes restés trois jours immobilisés en pleine gare, toutes les voies étaient coupées. Si les sabotages pour nous étaient cause de joie, attaques du maquis et attaques aériennes ne nous furent pas épargnées au cours de ce voyage vers l’Allemagne ; voyage qui fut un véritable calvaire.
Nous étions 55 par wagons sans compter les deux geôliers boches, il nous était impossible de nous allonger la nuit, ni même de bouger, à peine avions nous la place de nous accroupir, un récipient hygiénique pour tous et une fois plein, le contenu débordait sur nous et s’étalait sur le plancher du wagon. C’est grâce à la Croix Rouge de Besançon et à la population que nous reçûmes quelques vivres qui nous apportèrent un peu de réconfort. La plus grande partie du ravitaillement allait à nos gardiens. Nous ne risquions pas de nous échapper ; notre convoi comprenait une vingtaine de gardiens de la « Mal Coiffée », une dizaine de SS armés de fusils mitrailleurs, quelques Allemands et quelques miliciens qui comme Laval, souhaitaient la victoire de l’Allemagne.
Pendant les arrêts de longue durée, toute la garde était en alerte, ceinturant le train d’un réseau d’armes automatiques ; la nuit venue, l’on cadenassait nos wagons. Vous ne pouvez imaginer par quelles angoisses nous sommes passés, surtout lorsque le train était attaqué par des avions. Nous étions enfermés et pendant les alertes, nos geôliers se tenaient à bonne distance (200 mètres environ), pour garder le train, au cas, très improbable, où nous eussions pu nous échapper, en cas de bombardement ou d’incendie du convoi.
Le premier septembre, nous sommes arrivés à Belfort, la gare était comblée de militaires et civils allemands et français (soi-disant), car c’étaient des miliciens attendant les trains pour les conduire au pays de leurs chefs : HITLER et HIMMLER. Les voies ferrées étaient coupées, les dépôts de la gare bombardés, plus de machines pour aller plus loin, nous sommes descendus des wagons, frappés à coups de crosse de fusils, l’on nous a dirigé dans une caserne où nous avons rejoint des centaines de détenus des précédents convois. Nous sommes repartis le 5 septembre, toujours dans les mêmes conditions de voyage, dans un convoi de 1700 détenus, convoi n°459, en direction de l’Allemagne nazie. »
            De ce convoi, seuls 170 français et 6 étrangers sont entrés à Buchenwald, les autres devaient être des jeunes raflés pour le STO. L. PEROZ et G. JABEAUDON donnent le même chiffre.

            « Voici le respect à la parole donnée, voici les promesses respectées de nos geôliers au départ de Moulins ; mais nos gardiens avaient fait promesse à leur chef de nous livrer aux bourreaux du camp de Buchenwald, le 10 septembre. »


Buchenwald , du 10 septembre 1944 au 4 mars 1945

D’après M. JABEAUDON, Jean-Baptiste DURAND serait parti avec lui au commando de LANGENSTEIN-ZIESBERGE, commando très dur, employé, en tant que maçon, à la création d’une usine souterraine. Tombé malade en janvier, il aurait été transporté à l’infirmerie pour dysenterie. Il y serait décédé le 4 mars 1945. Ses cendres se trouvent dans la fosse commune du cimetière de QUEDLINBOURG.
Sur le livre Mémorial des déportés partis de France, il est précisé : décédé le 4 mars 1945 au commando de LANGENSTEIN-ZIESBERGE[1].
            Le camp de Buchenwald fut libéré le mercredi 11 avril 1945.
Quelques heures avant l’arrivée des américains, le commandant de Buchenwald et les SS avaient abandonné le camp aux prisonniers.
            L. PEROZ et E. QUILLIER en sont revenus.

[1] Livre-Mémorial des déporté(e)s parti(e)s de France, arrêté(e)s en application des mesures de répression prises par l’occupant ou le régime de Vichy, août 2002.

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