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RÉSISTANCE EN BOURBONNAIS
ILS ONT VÉCU L’HORREUR ET TOUS NE SONT PAS REVENUS …

ILS ONT VÉCU L’HORREUR ET TOUS NE SONT PAS REVENUS …

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ILS ONT VÉCU L’HORREUR ET TOUS NE SONT PAS REVENUS … CERTAINS NE SURVIVRONT QUE QUELQUES JOURS, D’AUTRES QUELQUES MOIS ET D’AUTRES DES ANNÉES

Quand nous ne serons plus là, nous les témoins directs, et c’est pour bientôt, les négationnistes vont dire que cela n’a jamais existé. Vous devenez notre mémoire. Avec tous mes camarades qui n’ont pas eu ma chance, on compte sur vous pour être des passeurs de mémoire.

« … / Puis, quand vient le temps de se quitter, presque à regret, des applaudissements spontanés et chaleureux brisent le silence. Ginette les interrompt doucement en disant :
« Ce n’est pas moi qu’il faut applaudir, c’est vous. »
« Maintenant il faut que vous racontiez autour de vous ce que je viens de vous raconter et petit à petit vous réussirez à faire en sorte que personne ne puisse plus jamais vivre un jour une histoire comme celle-là. » /…

« Quand le dernier déporté aura fermé les yeux, il n’y aura plus que vous pour témoigner »

Citations de Ginette Kolinka

Il n’est pas possible de rendre hommage à ceux qui sont morts fusillés, exécutés, massacrés …

Sans rendre hommage à ceux qui ont vécu l’horreur, l’enfer pendant des mois … des années … qui ont survécu

Ici le témoignage de

Gabriel DUFFAR

Claude DUSSOUR

Robert RUBAN

Charles CHAMBON

Rendons également hommage à ceux

qui sont mort gazés,

qui sont morts de faims, de soifs, de maladies, d’épuisement,

qui sont morts sous les coups des gardiens,

qui sont morts dans d’épouvantables souffrance dues aux expérimentation médicales

(Les expérimentations médicales sur Wikipédia)

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KANOVITCH Bernard, « Les expérimentations médicales dans les camps nazis »,

Revue d’Histoire de la Shoah, 1997/2 (N° 160), p. 86-103.

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Encyclopédie multimédia de la SHOAH

Klaus BARBIE, larmes du crime …

Vidéos en 4 épisodes diffusées à l’origine sur France TV

Klaus BARBIE

On plonge au cœur de l’une des pages les plus sombres de notre histoire, avec comme fil conducteur le récit de Monique, qui n’avait que 5 ans lors de son internement à Drancy avec sa famille.

Au cours de ce chapitre qu’elle garde encore en mémoire, elle a croisé le chemin d’un homme qui a longtemps hanté de nombreuses vies : Klaus Barbie, qui fut notamment chef de la Gestapo de Lyon pendant la Deuxième Guerre mondiale, responsable de la mort de 4 500 personnes et de la déportation de 7 000 autres. Le témoignage de Monique nous fait remonter dans le temps.

Après la libération de la France, Klaus Barbie parvient à regagner l’Allemagne, mais une fois le conflit terminé, il est recherché par les alliés. L’étau se resserre autour de lui quand il est repéré par les autorités françaises qui réclament son extradition. En 1951, il quitte l’Allemagne et se dirige vers l’Italie, où il bénéficie de l’aide d’un réseau au cœur du Vatican.

Il est exfiltré vers l’Argentine puis s’installe en Bolivie sous une fausse identité. Dans la capitale bolivienne La Paz, il coule des jours tranquilles avec sa famille. Jusqu’au jour où il est démasqué. Beate et son mari Serge Klarsfeld, surnommés les « chasseurs de nazis », ont enquêté et découvert où il se cache.

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ATTENTION:

Photos et vidéos choquantes, insoutenables

Textes très durs

Mais c’est la triste réalité

Connaitre l’histoire fasciste … pour mieux appréhender le futur

Et s’opposer à tout prix à son retour.

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Nuit et Brouillard

Jean FERRAT

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

« Nuit et Brouillard » (en allemand Nacht und Nebel, ou NN) est le nom de code des « directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés ». C’est un texte pour réprimer tous les opposants politiques désignés au Régime nazi.

Elles sont l’application d’un décret du 7 décembre 1941 qui ordonne la déportation de tous les ennemis ou opposants du Troisième Reich.

En application de ce décret, il était possible de transférer en Allemagne toutes les personnes représentant « un danger pour la sécurité de l’armée allemande » (saboteurs, résistants, opposants ou réfractaires à la politique ou aux méthodes du Troisième Reich) et à terme, de les faire disparaître dans un secret absolu.

Majoritairement français, belges ou hollandais, les détenus qui sont identifiés par les Allemands comme relevant du statut NN n’auront connaissance de leur statut qu’après la guerre. Ils voient bien qu’ils ne reçoivent ni courrier ni colis. Ils ignorent que les lettres qu’ils écrivent ne sont pas transmises. Si tous les déportés ne sont pas NN, tous les NN sont déportés. Ils ne sont pas tous condamnés à mort ; nombre d’entre eux sont sous le coup de condamnations à des peines de prison ou de travaux forcés. Les détenus en fin de peine sont « mis au camp » sans qu’une durée ne soit définie. Dès l’arrivée de ces détenus dans les camps, les lettres NN, de couleur rouge ou jaune selon les catégories, sont peintes sur leurs vêtements. Ils subissent particulièrement les violences des gardiens SS ou des kapos.

À l’automne 1944, devant l’échec manifeste de la politique NN (la dissuasion est nulle, le nombre d’insurgés augmentant sans cesse), le régime NN est partiellement levé. Les Allemands vident leurs prisons et leurs bagnes surpeuplés des détenus NN. Ils sont mis au régime commun dans les camps de concentration où les résistants sont envoyés sans procédure ni jugement.

LISTE DES CAMPS DE CONCENTRATION NAZIS

Photos issues en partie de https://commons.wikimedia.org/wiki/

NE LES OUBLIONS PAS

NE LES OUBLIONS PAS

A t’on oublié où mène la croix gammée

Vidéo de 2:20


Les camps de la mort

Vidéo de 18:33


La mémoire meurtrie

Vidéo de 1:06:49

Ce film avait été diffusé sur Youtube pour pallier à sa disparition … ce qui qui n’a pas manqué puisque le lien qu’il donne dans son commentaire, concernant la version originale, dirige sur une page « Cette vidéo n’est plus disponible ». Il avait raison !! le film a donc été téléchargé et stocké sur cet espace pour les mêmes raisons… il est indispensable de conserver toute cette mémoire.

ATTENTION – CE FILM EST INSOUTENABLE Version française (VoiceOver ininterrompue) du film « Memory of The Camps » de Sidney Bernstein dont Alfred Hitchcock supervisa le montage. Il s’agit en fait d’un remontage de 1985 sans l’ouverture ni la voix de Trevor Howard. La version originale de mauvaise qualité existe à l’adresse (n’existe plus) : http://youtu.be/bQIT0KGAzuI

J’ai décidé de mettre en ligne ce documentaire exceptionnel parce qu’il n’est nulle part accessible. S’il m’était demandé de le retirer par des personnes se réclamant de ses ayant-droits je le ferais sans délai. Je l’avais enregistré sur Canal Plus en 1987, et il fut rediffusé en 1996 lors de « Une semaine contre l’oubli ». « Ce documentaire reprend le film tourné en 1945, par S. Bernstein, en grande partie à Belsen à la libération du camp. Son souhait était que ce film fasse office de preuves de l’impensable, qu’il soit largement montré en Allemagne. Il n’a en réalité jamais été diffusé. Le présent documentaire, aux images particulièrement éprouvantes, garde le commentaire d’origine qui l’accompagnait et lui adjoint un certain nombre de témoignages, celui du cinéaste-cameraman bien entendu, celui de survivants : Anita Lasker, Leon Greenmann et Hugo Gryn, ainsi que quelques commentaires de l’historien Martin Gilbert. » Le film tourné et monté en 1945 fut interdit jusqu’en 1985, de peur qu’à sa vision l’Allemagne n’arrive pas à se relever. De nombreuses images en ont été extraites par d’autres cinéastes tels Alain Resnais pour « Nuit et brouillard ».

Posté par Jean-Jacques Birgé sur Youtube le 12 décembre 2013

NE LES OUBLIONS PAS

Les articles ci dessous sont parus dans la presse, le journal Valmy, en 1945. Si personne ne les publie, ils continueront leur triste vie d’archives au fond des tiroirs des locaux du département, uniquement consulté par quelques chercheurs ou écrivains. Il faut alors acheter les livres pour apprendre l’histoire !! Pourquoi devrait on payer pour ça ??. Autant les exhumer et les publier que tout le monde puisse en prendre connaissance … La mémoire n’a pas de prix, elle ne se monnaye pas …

A propos de Buchenwald on peut lire sur ce blog des informations intéressantes

Source: Archives départementales de l’Allier

Journal Valmy du 6 mai 1945

Le Moulinois Gabriel DUFFAR

nous parle de Buchenwald

par Guy SERGINES

Les amis, les visiteurs s’entassent dans la salle à manger devenue trop petite autour de la chaise longue où Gabriel DUFFAR, rescapé de Buchenwald, prend un repas bien gagné.

Je n’ose croire à mon bonheur d’être enfin libéré, nous dit celui qui, à 57 ans, fut le bagnard 30.182, revêtu du pyjama à rayures et marqué sur la poitrine du triangle P. Mais c’est tout de même vrai. J’en reviens, bien affaibli, puisque je ne pèse plus que 48 kgs au lieu de 89 le jour de mon départ, mais vivant. Je dois mon salut à ce que j’ai toujours conservé un bon moral. Comme le disait l’autre jour, le docteur FRIC, maire de Clermont-Ferrand* (lire en fin d’article des précisions concernant le Dr FRIC), et récemment rapatrié de Buchenwald, lorsqu’un de nos camarades était surpris, accablé, la tête dans les mains, nous savions que ses heures étaient comptées. Il fallait vouloir vivre, et le vouloir passionnément, éloigner de son esprit la phrase lancinante des SS, qui déclaraient à chacun des prisonniers, à leur arrivée, et en vous montrant le four crématoire :

« Vous entrez par la porte et vous sortez par la cheminée. »

– Dans quelle conditions avez vous été envoyé à Buchenwald ?

J’ai été arrêté à Moulins, le 10 août 1943 par la gestapo, pour des raisons que vous pouvez deviner, mais que je ne veux pas aborder pour le moment. Après un court séjour à la Mal-Coiffée, j’ai été dirigé vers le fort de Romainville, puis vers la prison du Cherche Midi, sur le camp disciplinaire de Saarbrlick (NDLR :Sarrebruck?) ou j’ai séjourné 14 jours. Toujours considéré comme dangereux, j’ai fini par échouer à Buchenwald.

– Quel était l’aspect de Buchenwald ?

Sinistre, le camp occupait une très vaste superficie. C’était un alignement à perte de vue de « block ». Songez que Buchenwald fut occupé par 65 000 détenus, répartis en « block » de 400. L’entrée était constituée par une tour monumentale, d’où à tous moments, par pick-up, étaient clamés les ordres. A l’intérieur de l’enceinte, infranchissable et parcourue sans cesse par des gardiens armés jusqu’aux dents et suivis par les terribles chiens policiers (deuxième horreurs après la faim), se dressaient le four crématoire, à la cheminée sans cesse fumante, et le « Petit Camp », l’hôpital où n’étaient admis que les malades avec une fièvre supérieure à 40°. Certains prisonniers , dont l’état étaient jugés désespéré, étaient, avant même leur admission au « Petit Camp », marqués d’une croix rouge à la cuisse, ce qui signifiait « bon pour le crématoire ».

– Quel était votre emploi du temps ?

Le réveil sonnait hiver comme été, à 4 h 30. Après la distribution de pain pour la journée et ce que l’on peut nommer la toilette , il était procédé à l’appel du matin, sur la place du camp. A 6 heures tous les prisonniers étaient rangés par kommando, en colonne par 5.

A ce moment, comble du cynisme, la musique allemande, en grande tenue, arrivait et montait à a tour d’entrée. Et sur la foule immense des morts-vivants, des bagnards sans repos, des ventres vides et des cœurs désespérés, se déversaient les strophes allègres, les rythmes joyeux des cuivres et des tambours.

Toujours par cinq, l’interminable colonne s’ébranlait et défilait devant les SS. Un ordre bref par le haut-parleur. Les prisonniers stoppaient et commençait alors les distributions de coups de cravache. Toutes les raisons étaient bonnes/ une musette mal placée, un col de veste dans une position non réglementaire.

C’est à la suite de cette épreuve qu’il fallait subie tête nue que nous arrivions finalement aux différents chantiers.

– A quels travaux étiez-vous employés ?

Nos étions répartis par kommandos dans les nombreuses usines, entreprises ou carrières qui entouraient le camp. Il fallait travailler sans cesse. Le moindre arrêt était puni systématiquement du coup de trique.

A midi, sirène. Le travail s’arrêtait pour une demi heure au cours de laquelle était distribué ce que les boches nommaient pompeusement le café, mais ce qui n’était en réalité que de l’eau, généralement froide.

A 18 heures, s’effectuait le retour, toujours en colonne par cinq, par la route bordée d’oriflammes et musique en tête. Arrivés au camp, la soupe était absorbée, et c’est alors qu’arrivait le moment le plus terrible de la journée : celui de l’appel, de cet appel, des heures debout, quel que soit le temps et la température, sous la pluie, dans les rafales de neiges, et auquel il fallait obligatoirement assister, que vous ayez 40° de fièvre ou que vous soyez morts.

Encore de la musique et chacun regagnait son « block » pour y passer la nuit. Mais, après la journée épuisante, malgré la torture mentale de l’absence de nouvelles des êtres chers et la torture corporelle de la mort lente, nous discutions tout de même passionnément de la situation militaire et nous suivions au jour le jour, sur une carte imaginaire, l’avance des armées alliées, des armées libératrice.

– Et chaque jour, le régime était semblable ?

Chaque jour, sauf le dimanche où le travail était interrompu à 13 heures et ou tous les prisonniers regagnaient le camp pour y passer l’après midi.

– Quand à la nourriture ?

Le matin, au réveil, nous recevions la ration quotidienne de pain, soit 250 grammes, parfois 300 grammes, mais quelquefois pas du tout, une rondelle de ce que nous allons nommer du saucisson.

A midi sur les lieux du travail, je vous ai dit tout à l’heure que nous percevions un peu de « café ». Le soir en rentrant, nous touchions chacun 3/4 de litre de soupe très claire.

La famine était maîtresse, et un spectre nous hantait sans cesse : celui de la faim. Les photographies que vous avez pu voir, à ce sujet, sont suffisamment évocatrices. Pensez donc que, pour bénéficier d’un ticket de soupe supplémentaire, nous conservions les morts jusqu’à la décomposition ; que, pour calmer un peu notre faim, nous volions les boulettes réservées aux chiens et que, chaque jour, je ramassais des herbes que je hachais menues dans notre eau chaude du soir.

– Il y eut beaucoup de morts?

Terriblement. Plus de 32 000 personnes ont péri à Buchenwald entre le 19 juillet 1943 et le 19 avril 1945, les uns torturés, d’autres fouettés, d’autres encore étranglés ou bien ravalés au range de cobayes humains pour de sois disant « expériences ». Au moins cinq personnes mouraient chaque jour à l’infirmerie de Buchenwald, mais certains jours, il y avait jusqu’à 30 décès. Les allemands entassaient les mourants dans une pièce, près du four crématoire, pour avoir moins de chemin à parcourir lorsque leurs victimes seraient mortes. Lorsque les troupes alliées sont arrivées à Buchenwald, 1200 mourants étaient ainsi entassés,

– Comment s’est effectuée votre libération ?

Malgré des fouilles très fréquentes, des équipes de spécialistes avaient réussi à monter et à camoufler des postes récepteurs. Nous savions donc que les armées alliées approchaient de Buchenwald. Et je vais bien vous étonner en ajoutant que nous possédions également des armes.

Un jour, je vis les SS procéder avec la dernière brutalité à l’évacuation de certains « block » . Dès que le bruit de la bataille fut perçu, le groupe de choc des détenus monta à l’assaut du mirador et maîtrisa les gardiens.

A ce moment, retenti la sonnerie du téléphone. L’état-major boche demandait au commandement du camp si l’extermination des détenus était terminée. Sans se troubler, le prisonnier à l’écoute répondit :

– Non mon commandant, mais elle est en cours et tout se déroule bien.

Quelques heures plus tard nous étions libérés …

Voici donc, ajouta Gabriel DUFFAR , l’essentiel de la vie, de cette mort lente, qui menait les détenus du camp de Buchenwald. Des milliers sont morts des souffrances imposées par les boches. J’ai eu la chance d’en revenir, de n’en point sortir par la cheminée et je vous demanderais d’imiter les rescapés : DE NE JAMAIS OUBLIER

Journal Valmy du 6 mai 1945 par Guy SERGINES (Archives départementales de l’Allier)

Informations concernant le docteur FRIC, suite à ma demande auprès de la mairie de Clermont-Ferrand

Nous avons retrouvé la trace d’un Dr FRIC, adjoint au Maire à partir du 18/05/1945 et membre de la Délégation Spéciale Provisoire du 30/08/1944 qui remplaçait le Conseil Municipal jusqu’aux élections du 20/04/1945.

Mairie de Clermont-Ferrand. Un grand merci à eux pour toutes ces informations et la rapidité de la réponse.

Journal Valmy du 12/13 mai 1945

Journal Valmy du 14 mai 1945

Une heure avec M. Claude DUSSOUR, maire d’Yzeure

RESCAPÉ D’AUSCHWITZ ET DE BUCHENWALD

par Guy SERGINES

Dans quelques heures, le général de Gaulle, en une allocution radiodiffusée, annoncera à la France la capitulation sans conditions de l’Allemagne. Et c’est dans le quartier, ordinairement bien calme, mais aujourd’hui en fête, de l’ancien vélodrome, c’est dans sa coquette villa, qui disparaît sous les drapeaux et les banderoles, que j’ai rencontré Claude Dussour, maire d’Yzeure, rescapé d’Auschwitz et de Buchenwald.

D’une extrême affabilité, Claude Dussour, tout au bonheur de revivre, n’a pas hésité à m’ouvrir toute grande sa porte et à répondre aux multiples questions que, pour les lecteurs de « Valmy », je lui ai posées.

Comme Gabriel Duffar, comme Robert Ruban, Claude Dussour revient bien affaibli : 100 kgs en 1939 … 50 aujourd’hui. Mais comme eux également, animé d’une énergie que rien ne pourra abattre. Leurs pensées concordent : « Nous avons voulu vivre passionnément. Nous voulons maintenant que soient connues toutes les horreurs commises par la bête nazie. Ces atrocités ne doivent pas être oubliées. Nous nous y emploierons ».

– A quelle date avez-vous été arrêté ?

Le 28 janvier 1944 pour mon activité dans la Résistance. J’avais 56 ans …

– Evidemment, vous avez été conduit à la Mal-Coiffée ?

Oui, et j’y suis resté jusqu’au 3 mars, enfermé dans la cellule n° 14. J’ai subi des interrogatoires très espacés. Comparaison faite avec le sort qui m’était réservé, mon séjour à la prison de Moulins a été supportable. J’ai eu la chance d’échapper aux tortures.

L’ordinaire consistait en deux distributions quotidiennes de soupe et une de café. Mais nous étions ravitaillés par le Secours National (dont, soit disant en passant, l’aide était lamentable : récipients mal lavés, où il m’était arrivé de trouver par exemple de la paille de fer, et nourriture infecte, qui aurait pu cependant n’être pas mauvaise, si la préparation en avait été soignée), mais surtout par la merveilleuse équipe de la Croix-Rouge, qui tous les six jours, sous la direction de Madame L’Orsa, confectionnait et distribuait un colis à chaque prisonnier. Des aliments, aux vitamines abondantes, y étaient rangés, délicatement et proprement. Vraiment, toute la reconnaissance des détenus politiques, enfermés par les Boches à la Mal-Coiffée, doit aller à Madame l’Orsa et à ses adjointes.

Par contre, je tiens à insister sur la criminelle attitude du boulanger moulinois qui, à cette époque, fournissait la prison en pain. Ce dernier était absolument immangeable, et n’avait rien de comparable à celui, pourtant mauvais, qui était distribué à la population. Ce commerçant, dénué de tout scrupule, profitait de ce que les consommateurs de la Mal-Coiffée n’avaient pas la possibilité de se plaindre.

– Vous avez quitté la Mal-Coiffée le 31 mars ?

… et le 1er avril, les boches me réservaient un bien mauvais poisson : j’arrivais, menottes aux mains, au camp de Compiègne. J’étais immédiatement affecté à la baraque n° 3. L’immense camp comprenait environ 3 000 détenus, et là, également, l’aide de la Croix-Rouge fut parfaite.

– Combien de temps êtes-vous resté à Compiègne ?

27 jours. Le 27 avril, en effet, à 9 h. du matin, avec 1.800 de mes camarades, je partais pour l’Allemagne. Nous formions un seul convoi, et ce fut un long et terrible voyage. 4 jours et 3 nuits, enfermés par 100 et même 120 dans les wagons à bestiaux plombés, sans boire ni manger, et presque sans air. Il nous était évidemment impossible de nous allonger, et si nous voulions nous asseoir, ce n’était faisable qu’en s’emboîtant littéralement. Nombreux furent les morts et les cas de folie.

– Où vous emmenait-on ?

Au camp d’extermination d’Auschwitz. Nous avons été descendus de nos wagons à coups de triques et mordus par les terribles chiens. Arrivés au camp, avec effectif réduit, car lourdes avaient déjà été nos pertes depuis le départ de Compiègne, nous avons reçu nu numéro qui fut tatoué sur l’avant-bras. Voyez le mien : 185.498. Dans une autre salle, nous avons dû remettre nos bijoux (alliances comprises), et nos vêtements. Les premiers furent rangés dans un petit sachet, les seconds dans une enveloppe de toile. Évidemment, je ne devais plus rien revoir.

Cette « formalité » terminée, nous avons été complètement rasés, sans qu’aucune précaution d’hygiène ne soit prise. Et nus, dans un couloir, en plein courant d’air, nous avons attendu de 23 à 36 heures, pour passer dans la salle de douches. Pensez que cette opération s’effectuait par ordre alphabétique, et que mon nom commence par la lettre D. Jugez de l’épreuve qu’eurent à subir ceux de la queue de l’alphabet. Pour nous faire sécher, les boches nous firent réinstaller près d’une heure au courant d’air.

Ensuite, en colonne par un, il nous fut attribué à chacun la tenue rayée et une paire de sabots.

– Comment étiez-vous logés ?

Dans des conditions effroyables : 60 par travée de 12 m2, dans des baraquements en bois. Nous percevions un litre de soupe par jour et par homme, et une ration de pain. La soupe nous était servie par groupe de quatre, dans une cuvette aux multiples usages. Puisque nous n’avions aucun instrument, nous étions obligés de manger comme des chiens ou de casser notre sabot pour en transformer le dessus en cuiller.

Nous ne pouvions sortir des baraquements que pour l’appel et la toilette. Le débarbouillage s’effectuait à l’aide d’une serviette pour dix. L’appel était interminable. Quel que soit le temps, il fallait rester des heures immobiles, et nous devions présenter les morts.

– Votre séjour fut-il long à Auschwitz ?

Quelques jours. Nous fûmes, un matin, rassemblés en colonnes par cinq, et dirigés vers le four crématoire. Ce [illisible] émotion, mais soudain, [illisible] une porte secondaire, et [illisible] à la gare où stationnait [illisible] eut lieu une distribution de vivres [illisible] montâmes 50 par wagons. Ce furent [illisible] jours d’un voyage qui n’eut rien de comparable au précédent, de Compiègne à Auschwitz. Nous pouvions nous allonger, nous rafraîchir, manger et respirer. Nous arrivâmes ainsi à Buchenwald.

– Et c’était le ?

Le 14 mai 1944. A Buchenwald, nous reçûmes de multiples vaccinations, puis, je fus, pour ma part, affecté au bloc 57. Le capos (puisque c’est ainsi qu’étaient nommés les chefs de baraque), avait juré de « faire crever tous les Français ». Je précise que ce capos était un détenu politique allemand, par conséquent un anti-nazi. Qu’on n’aille donc pas prétendre qu’il y a deux Allemagnes. Un certain jour, ce capos nous priva de nourriture et nous partîmes au travail, absolument à jeun. Arrivés sur les lieux du chantier, nous allâmes trouver le responsable allemand et nous lui racontâmes ce qui s’était passé, en lui précisant que, sans manger, il nous était impossible de travailler, et qu’ainsi, le capos se comportait en saboteur. Le soir même, notre capos fut relevé et ce fut assurément la première victoire française à Buchenwald.

– A quels travaux étiez-vous employé ?

J’étais affecté à une carrière, sous la menace constante des coups de trique et des chiens. Vous savez quel était le régime du travail : lever à 4 h 30, hiver comme été, toilette, appel, départ du camp à 6 heures, musique en tête, encadrés par les SS suivis des chiens énormes et sauvages, travail sans arrêt jusqu’à 18 heures, retour au camp, toujours musique en tête, appel des heures durant, debout, coucher à 22 heures, à 23 heures ou à minuit …

(à suivre)

(suite et fin)

– La résistance était organisée, je crois ?

Oui, et très bien organisée. Jamais il n’y a eu de coups durs à ce sujet. La discrétion la plus absolue régnait. Nous n’avions rien abdiqué de notre foi patriotique, et dans ce camp de la mort, fonctionnait admirablement bien, sous le nez des boches, toute une organisation de résistance très puissante et bien outillée.

Puisqu’à Buchenwald toutes les nationalités étaient représentées, la Résistance était dirigée au sommet par un Comité Directeur International. Nous, Français, étions placés sous les ordres intermédiaires du Comité Directeur du Front National, dirigé au point de vue militaire par le colonel Manès (NDLR: Manhès). La Résistance française avait été mise sur pied par des militants communistes, aidés militairement par des officiers de carrière. Nous étions organisés par groupes de huit, et un militant ne connaissait, résistance parlant, que ses sept camarades. Nous possédions des postes récepteurs et émetteurs.

– Et des armes ?

Au total 800 fusils, et suffisamment de munitions. Pensez aux dangers courus pour détourner les pièces détachées dans les usines d’armement, pour les rentrer au camp, pour les assembler, pour les dissimuler. Les fusils étaient cachés dans des sacs à habits, et les Allemands, au cours de leurs multiples fouilles, ne trouvèrent que des crosses, que nous assurions avoir amenées là pour nous chauffer.

Nous étions organisés en trois bataillons de marche : St-Just, Marceau et Hoche. J’appartenais au 4e groupe de la 4e section du Bataillon Hoche. Nous suivions une discipline très sévère, mais librement consentie. Tout était au point pour le jour de l’insurrection et de la libération. Pas un seul détail n’était négligé. Nous avions même creusé des tranchées, dans le camp lui-même, sous prétexte de travaux d’assainissement.

Au cours de notre libération, nous avons effectué de multiples patrouilles et nous avons pu ramener 180 prisonniers. Je tiens à signaler l’action particulièrement brillante du groupe Vial, et à préciser que c’est un médecin français qui répondit au coup de téléphone du chef de la police allemande de Weimar, s’informant si l’extermination des prisonniers était terminée. Nous devions entièrement disparaître au lance-flammes.

– Quelle fut la réaction des Américains devant de telles atrocités ?

Le commandant américain fut absolument renversé par un tel degré de sadisme. Il fit visiter le camp par les habitants de Weimar, et fit immédiatement organiser un musée. Le commandant SS de Buchenwald, âgé de 50 ans, avait une jeune femme de 22 ans. Chaque fois que cette dernière rencontrait un prisonnier dont la peau s’ornait de beaux tatouages, elle faisait tuer et écorcher le malheureux, et après la libération, on trouva dans l’appartement du commandant, des abats jour en peau humaine.

J’ai vu, dans la pièce précédant le four crématoire, les crochets par lesquels étaient pendus les cadavres, et à la hauteur des crânes, des trous étaient nettement visibles dans le mur, tant nombreuses avaient été les victimes.

On me dit que certaines personnes émettent encore des doutes sur Katyn. Katyn est allemand. Voilà ce que chacun doit savoir.

– Quelle fut, en général, l’attitude des détenus des autres nationalités ?

Je ne parlerai que des Russes et des Polonais, car il n’y a vraiment d’intéressant à dire que sur eux. Les prisonniers russes furent absolument merveilleux. Excellents camarades, patriotes pleins d’énergie, je garde d’eux le meilleur des souvenirs.

Par contre, je ne saurais en dire autant des ces Polonais, domestiques des SS, qui furent les responsables de multiples morts au camp de Buchenwald, ou qui, comme à Auschwitz, nous exploitaient horriblement, en nous vendant, par exemple, un litre d’eau pour 110 francs.

… Et sur le seuil, au moment de l’au revoir, comme me l’avait dit Gabriel Duffar, comme me l’avait dit Robert Ruban, comme le disent tous les rescapés de ces enfers, M. Claude Dussour ajouta, le visage durci : « Croyez-vous qu’il soit possible d’oublier, et de pardonner ? »

Journal Valmy du 14 mai 1945 par Guy SERGINES (Archives Départementales de l’Allier)

Journal Valmy du 14 mai 1945: Les atrocités du camp de Belsen. Le docteur SS qui tua de nombreuses victimes en leur injectant de la benzine dans leurs veines, photographié au milieu de ses cadavres. (France-Presse N° 10275 C. P. 3509)

Un nouveau camp de tortures

pire que ceux que nous connaissons

L’agence Reuter signale à la date du 12 mai, que la 3eme armée britannique vient de découvrir un nouveau camp de concentration ou les conditions d’existance était pire qu’ Auschwitz et Buchenwald. 600 détenus y mouraient chaque jour.

LE PHOSPHATE HUMAIN POUR LA TERRE D’ALLEMAGNE

Le commentateur de la radio de Moscou a donné ce soir des précisions sur l’emploi des ossements humains fournis en particulier par le camp d’extermination d’Auschwitz.

Les barbares nazis ont poussé le cynisme jusqu’à faire transformer 102.632.000 kilos d’ossements humains en phosphate de calcium, employé sous forme d’engrais pour l’agriculture allemande. (AFP)


Journal Valmy du 15 mai 1945 par Guy SERGINES (Archives Départementales de l’Allier)

« C’était pire que l’enfer », m’a dit le Moulinois Robert RUBAN, en parlant du Dora et de Nordhausen

Guy SERGINES

Une santé de fer, un moral au dessus de toutes épreuves, voilà ce qui a sauvé notre compatriote Robert RUBAN, rescapé des bagnes infernaux de Dora et de Nordhausen. Considérablement amaigri, les traits tirés, flottant dans ses habits trop larges, celui qui a connu l’abîme, mais toujours écarté le désespoir, me fait d’un bout à l’autre le récit de ses souffrances, sans passion, mais dominé par une volonté farouche : celle de tout faire pour que les crimes des nazis soient connus et punis.

J’ai été arrêté le 4 juin 1943, me dit Robert Ruban, et interné un mois à la Mal-Coiffée. De là j’ai été dirigé sur le camp de Compiègne où je suis resté six semaines. De ces deux séjours, je ne dirais rien, car c’était tout de même le purgatoire par rapport aux enfers que j’ai connus par la suite. Aussi bien à la Mal-Coiffée qu’à Compiègne, on pouvait vivre longtemps, tandis qu’ Dora ou à Nordhausen, c’était la mort à brèves échéance, à petit feu, par les privations et les tortures, lorsqu’on ne vous supprimait pas brutalement d’une piqûre de benzine.

Et Robert Ruban me fait pénétrer dans le fond de l’horreur. C’est le départ de Compiègne du deuxième convoi de français, entassés dans des wagons à bestiaux plombés, sans nourriture, sans boisson, sans air pendant des jours et des nuits. A saarbruck, comme il y avait eu plusieurs évadés en cours de route, les S.S. ont fait descendre et déshabiller les malheureux, les ont battus à en casser leurs triques. De Weimar au camp de Buchenvald, il y a 14 km, que les détenus ont accomplis pieds nus, harcelés de coup de bâtons et de crocs.

Je suis resté six mois à Buchenwald, occupé à de très durs travaux de terrassement ; Vous avez sur ce bagne les témoignages d’une scrupuleuse exactitude de Gabriel Duffar et de Claude Dussour. Je n’y reviendrais donc pas. Une triste journée d’hiver, je fus jeté avec des centaines de mes compagnons d’infortune, dans des wagons à bestiaux pour gagner le chantier du Dora, dépendant de Buchenwald, dont il est éloigné de 120 km environs. Ce fut encore un terrible voyage, entassés et devant même économiser notre respiration.

Le Dora ! Chantier de la mort … les boches perçaient là, en pleine forêt, sous la montagne, un tunnel aux multiples galeries, destiné à monté une usine de V1. Les travaux s’effectuaient en terrain à émanations ammoniacales, sans aération ni assainissement. Ceux qui ne mouraient pas, sortaient de là, verts et sans force.

Comme aucun baraquement, aucun « bloc » n’était construit, précise Robert Ruban, nous couchions dans les galeries, allongés dans l’eau … Le rhumatismes, la tuberculose s’abattaient sur nous. Nous étions si nombreux et si nombreux étaient chaque jour les morts et les malades, qu’il n’était procédé à un appel général par mois. Mais cet appel durait 24 heures pendant lesquelles il nous fallait rester debout, quel que soit le temps. Nous devions fournir par jour 12 heures d’un travail épuisant et incessant, sans arrêt surveillés par les S.S. et leurs terribles chiens. Lorsque les boches décidèrent de nous faire monter des baraques, il nous fallut travailler 2 et 3 heures, supplémentairement à nos 12 heures de tunnel. La nourriture était ignoble : des rutabagas à l’eau froide et 300 grammes d’un pain noir comme du charbon. Les épidémies, et en particulier la dysenterie, nous décimaient. Le froid était glacial, la discipline terrible. Chaque mois, 1200 à 1300 des nôtres mouraient d’atroces souffrances, corps épuisés par les maladies, le travail, les privations, les brutalités … mais qu’importait aux S.S. !! il manquait 200 travailleurs ! Qu’à cela ne tienne, un coup de téléphone, un pli à Buchenwald et le stock humain était immédiatement renouvelé.

Pire que l’enfer ! Voici la formule qu’emploie Robert Ruban pour résumer l’existence au Dora. D’autres horreurs s’ajoutent aux précédentes. Les malheureux sont restés la bas six mois sans se laver, rongés par la vermine, revêtus de la tenue de forçat, à bande rouge, le triangle à l’emplacement du cœur. Chaque matin il leur fallait enlever les morts, et entasser les corps d’où s’échappaient parfois des cris d’agonie, car les mourants comptaient comme morts, dans des wagonnets immédiatement dirigés vers les deux crématoires qui ne s’éteignaient jamais.

Je puis affirmer, me dit Robert Ruban, que des vivants sont passés au crématoires. D’ailleurs ces derniers devinrent bientôt insuffisants , et les cadavres furent alors précipités dans d’immense fosses, recouverts d’une couche de chlorure de chaux. Pour entrer à l’infirmerie, il fallait avoir plus de 40° de fièvre. Et pour voir si vous étiez réellement très malade, le boche de service vous rossait à coup de trique. Si, par malheur vous aviez des velléités de vous dresser de la civière, vous étiez immédiatement renvoyé au chantier. Toute tentative d’évasion ou de sabotage était sauvagement réprimée : les malheureux repris ou surpris étaient enchaînés , et exposés trois jours durant sans boire ni manger, puis pendus ou flagellés jusqu’à la mort, en présence de tous les détenus. Les allemands qui nous encadraient, intermédiaires entre les S.S. et nous, étaient des prisonniers de droit commun. Ils avaient sur nous droit de vie et de mort. Ils se conduisaient en sauvages à notre égard.

Et comme Gabriel Duffar, comme Claude Dussour, Robert Ruban me parle des détenus des autres nationalités, et leurs opinions concordent absolument. Les prisonniers soviétiques faisaient preuve d’un courage et d’un patriotisme farouches. Ils se comportaient vis à vis des Français en camarades très loyaux, très serviables.

Nous restions abasourdis, déclare Robert Ruban, devant leur volonté inflexible. Ils refusaient de travailler et préféraient mourir sous les coups. Par contre, les polonais furent, pour la plupart, lamentables. Ils nous dénonçaient aux allemands, et ils ne se cachait pas leur jalousie et leur haine sans bornes à notre égard. Je déclare, en pesant bien mes paroles, et sans aucunement exagérer, qu’ils sont les responsables de la moitié des morts que les Français doivent déplorer.

Un jour, Robert Ruban partit pour Nordhausen, camp de passage et, surtout, camp d’extermination, aux 130 à 140 morts par jour. Il eut la grande chance d’être un spécialiste carrossier de son métier et d’être affecté, pour cette raison, chez un civil allemand, propriétaire d’un garage. Pendant huit mois, il connut une tranquillité relative et c’est cela qui l’a sauvé. L’industriel, accessible à la pitié, lui accordait certaines faveurs, surtout en ce qui concerne le ravitaillement, et en partageant ce dernier, il fut possible « d’acheter » le surveillant S.S.

Le surlendemain de Pâques 1944, poursuit Robert Ruban, l’aviation américaine a complètement rasé la ville en 40 minutes. Sur 40 000 habitants , il y eu 22 000 morts. Les pertes furent cruelles au camp de déportés, ces derniers ayant été enfermés ; des l’alerte donnée, dans les « blocs » par les S.S.. Je profitais, avec trois camarades, de la panique. Nous nous sauvâmes et nous cachâmes après avoir changé ne tenues de forçats contre des vêtements civils. Malgré les battues, nous demeurâmes évidemment introuvables. Et bientôt les Américains furent là … Nous étions sauvés !

Robert Ruban décrit alors la platitude des civil boches. Ils ne savaient qu’inventer pour essayer de faire oublier leur complicité aux horreurs commises par leurs armées. Mais rien ne peut effacer les traces des brutalités, des privations et des travaux forcés. Il n’y a pas encor suffisament de chlorure de chaux pour cacher les charniers. Il ne peut y avoir de pardon pour ceuxxx qui ont permis les chambres à gaz, les alles de tortures, les blocs d’hommes cobayes, les piqûres de benzine dans les camps d’extermination …

SOYEZ VIGILANTS : LES BOCHES DOIVENT EXPIER !!

Journal Valmy du 14 mai 1945 par Guy SERGINES (Archives Départementales de l’Allier)

Ce que Dante n’avait pas vu …

« Seize mois dans les bagnes allemands »

par Charles CHAMBON

Chef de groupe de sabotage de la région Sud-Est, l’Inspecteur de la S.N.C.F. Charles Chambon a un travail de résistance considérable. Il court à tout instant les risques les plus graves. Dans l’express qui le conduit à Paris, la nuit du 14 janvier 1944, il rencontre, tout à fait par hasard, le capitaine G… et le lieutenant R…, de vieux amis de régiment, chefs de plusieurs maquis du Puy-de-Dôme auxquels il a fait parvenir des stocks d’armes importants. Très heureux de se retrouver, les trois hommes bavardent jusqu’à leur arrivée dans la capitale et, et leur descente du train, prennent rendez-vous pour onze heures, dans un café-restaurant aux abords de la gare de Lyon.

L’ARRESTATION

15 janvier 1944 : Je viens de rendre visite à ma belle-sœur, chez laquelle j’ai fait une légère toilette, et je me dirige vers notre lieu de rendez-vous. Mes amis sont déjà attablés devant un verre d’apéritif. Je m’installe; nous trinquons.

A peine quelques minutes se sont-elles passées que tout à coup un commandement bref retentit, et des hommes surgissent près de nous. Nous voyons avec effroi des canons de mitraillettes et de revolvers braqués dans notre direction, cependant que d’autres individus criant « haut les mains, Gestapo », nous passent les menottes. Un geste bref nous ordonne de nous lever, et nous sortons sous bonne escorte, pendant que vient se ranger près du trottoir, et pour chacun de nous, une magnifique Citroën traction avant.

Bousculé, je dois m’asseoir entre deux jeunes gens de 18 à 20 ans, qui me braquent sur la poitrine leurs revolvers et commencent la fouille de mes poches, me criant des injures et me frappant au visage.

Après un bref parcours, la voiture stationne. Nous sommes devant un hôtel particulier. Je suis entraîné, je monte les marches d’un perron, suis un couloir, monte un premier étage, et entre, toujours sous bonne escorte, dans une vaste pièce nue, au sol en ciment, où se dressent cinq petites colonnes. Mes amis arrivent à leur tour, et je remarque que le capitaine G… a la figure tuméfiée et saigne abondamment de la bouche, les deux petits Français sont toujours près de nous, nous invectivant. Un sous-officier allemand arrive, donne un ordre. Il faut sous déshabiller en hâte et nous voici enchaînés, nus, chacun à un pilier.

L’interrogation commencer, accompagnée de coups de fouet, de coups de poings. Le capitaine G… ne veut rien dire, les coups redoublent. Malgré cela, nous ne livrerons pas nos secrets.

Tout à coup, un bruit dans le couloir, la porte s’ouvre et nous voyons avec terreur, entrer le fils du capitaine G…entre deux miliciens. Le père a pâli.

Le jeune homme (18 ans) est contraint de se déshabiller. Il est attaché, lui aussi, à un pilier, et les coups pleuvent sur lui. Il implore ; mais le père ne parle pas … Un milicien prend une pince, s’approche du jeune homme, lui arrache un ongle. Quelques minutes s’écoulent … puis un autre ongle est arraché … le père toujours ne parle pas … L’officier allemand s’impatiente de ne pouvoir obtenir les renseignements. Furieux, il se précipite, prend, sur la table, une paire de ciseaux, se précipite vers le fils et lui plonge la pointe effilée dans l’œil droit … c’est horrible …

Le père a parlé, très peu. Mais l’officier sait maintenant que je m’occupais de résistance Chemin de fer.

Les miliciens me détachent et me conduisent dans une pièce au rez-de-chaussée, nouvelle chambre de tortures. C’est la baignoire, l’asphyxie lente par le maintien de la tête dans l’eau Gardant néanmoins ma lucidité et décidé à mourir plutôt que de divulguer mes connaissances militaires, je résiste jusqu’à ce que mes forces m’abandonnent et que j’entends mes bourreaux, dire « laissons-le, il est crevé cette grande vache »

Jeté nu dans une pièce au sol en ciment, je reste couché là je ne sais pas combien de temps. Je me souviens d’avoir vu luire le soleil, puis la lumière, puis le soleil …

A un certain moment, mes gardiens enlèvent mes menottes et m’ordonnent de m’habiller. Je ne sais comment je réussis à le faire, je suis tuméfié de toutes parts, horrible à voir.

Les jours ont passé … combien ? … je ne sais … Je viens d’être appelé et, avec une dizaine de détenus qui, comme moi, sont [dans] un état piteux, nous voici parqués dans un long couloir … une porte s’ouvre, des miliciens sont là, avec le sourire et la mitraillette au poing. Une voiture cellulaire stationne … nous devons nous placer trois par case. On nous enferme … le moteur ronfle … la voiture roule … Je quitte PARIS.

(A suivre)

(Suite)

De Paris où il a été arrêté par la Gestapo, odieusement torturé puis jeté en cellule, Charles Chambon est conduit à la prison de Fresnes. Il y restera deux mois, à souffrir de faim et de froid.

Enfin, le 9 février, je suis à nouveau transféré dans la capitale (je ne puis situer le lieu) et, avec 7 camarades, dont le capitaine G… et le lieutenant R…, condamné à mort. Mon inculpation est la suivante : sabotage d’installations et des transports par chemin de fer, organisation de sociétés de résistance contre les troupes d’occupation.

Les jours de cellule à partir de cette date furent terribles. Chaque matin, vers 4 heures, un peloton composé d’une trentaine de soldats allemands venait et encadrait les hommes à fusiller, pris un par un dans les cellules. Combien de fois me suis-je réveillé en sursaut, croyant ma dernière heure venue. Non, ce n’était pas encore pour aujourd’hui.

J’ai beaucoup souffert ensuite dans les différents camps de concentration, de la faim, de la soif, mais jamais ma souffrance n’a été aussi vive que durant ces jours de détention. A de certaines heures, je désirais que mon tour arrivât. Ma souffrance morale était horrible.

Enfin, le 18 mars, je fus appelé pour le transport et dirigé sur Compiègne.

Durant ce trajet par chemin de fer et auto, j’aurais pu m’évader, mais ne le fis pas, car nous étions prévenus [par Charles CHAMBON] qu’un otage homme ou femme serait immédiatement pris dans la famille en remplacement de l’évadé. La pensée des miens me fit abandonner ce projet.

Le 18 mars, à 12 heures, j’entrais au camp de Compiègne, vaste camp où étaient parqués des milliers de camarades, hommes de toutes situations : prêtres, docteurs, avocats, militaires, commissaires de police, commandants de gendarmerie, préfets, etc… etc … Je fus affecté au bâtiment 4, chambre 15. Je fis connaissance de bons camarades et m’employait immédiatement à avoir des nouvelles de ma famille, de mes amis.

EN ROUTE POUR L’ALLEMAGNE

27 avril 1944 – Je pars avec 1.800 de mes camarades pour l’Allemagne.

Notre défilé dans Compiègne à 4 heurs du matin est un spectacle inoubliable. Encadré par des soldats armés jusqu’aux dents, le long convoi prend la direction de la gare. Derrière les fenêtres bien des femmes pleurent. Sur le parcours des scènes navrantes ont lieu.

Des camarades sont reconnus par leur femme. Ce sont alors des cris de suprême adieu, cris du cœur qui vous déchirent.

La colonne est dirigée vers la cour de la gare de marchandises et nous sommes enfermés dans les wagons. Nous sommes 125 dans le nôtre.

Nous devons y séjourner trois jours et trois nuits dans boire ni manger, sans air. Des cas d’asphyxie se produisent. La soif est terrible. Il nous est évidemment impossible de nous allonger. Des scènes horribles se succèdent. Certains camarades, devenus fous, boivent leur urine ; d’autres tentent de nous étrangler. A notre arrivée nous avons six morts à déplorer et une dizaine de fous.

(A suivre)

(Suite)

AU CAMP D’AUSWICHTZ

1er mai 1944 – Où sommes-nous après ces quatre jours de voyage ?

Au camp d’extermination d’Auswichtz, à 40 km, au Sud de Cracovie. Dès l’arrêt, les portes de nos wagons sont déplombées, des SS se précipitent et à coups de fouet nous jettent à terre. D’autres gardiens lancent sur nous des chiens féroces qui, de leurs crocs terribles, lacèrent bras et jambes. Certains camarades, devenus fous lors du transport, ne se mettent pas en ordre au commandement des SS. Les fusils et revolvers claquent et nos pauvres amis s’abattent, frappés à mort.

En colonne serrée, nous sommes conduits au camp distant d’environ 2 km, puis répartis dans des blocks (baraques de bois du même modèle pour tous les camps de concentration). Là, je reçois un numéro qui m’est tatoué suer l’avant-bras. Dans une autre salle, nous devons remettre nos bijoux (alliances comprises et appareils dentaires en or) et nos habits, que nous ne devions plus revoir. Puis, parqués dans un long couloir, en pleins courants d’air, nous attendons 36 heures pour être passés ensuite dans une salle où nous sommes absolument rasés (j’en sors couvert de sang) et de là, dans une salle de douches.

La douche terminée, nouveau stationnement pendant une heure dans un couloir froid. Toujours nus, en colonne, par un, nous défilons devant un guichet où chacun reçoit une chemise, une culotte, un veston, une paire de gros sabots de bois. Mes effets sont maculés de tâches noirâtres, et sentent affreusement le mort.

Ensuite, nous sommes dirigés vers les baraquements de bois et logés dans des conditions effroyables : 60 par travées de 12 m2. Pour plancher : la terre humide. Pour toute nourriture : 1 litre de soupe par jour et par homme, et environ 200 grammes de pain. La soupe est servie pour groupes de quatre, dans une cuvette rouillée. N’ayant aucune cuillère, nous mangeons comme des chiens, chacun à notre tour.

Nous ne pouvons sortir des baraquements que pour l’appel et pour aller aux lavabos (les appels sont terribles et durent des heures sous le froid et la pluie. Combien de camarades périrent dans ces jours affreux.

Ce camp immense (80 km de tour), était alors peuplé de 700 à 800 000 détenus de toutes nationalités, mais juifs en majorité.

Quatre grandes cheminées carrées de vingt mètres de haut s’élevaient près [par Charles CHAMBON] de notre baraquement et, nuit et jour, des flammes rouges s’en échappaient. C’étaient les fours crématoires … Pendant notre séjour dans ce camp de la mort, combien de gens ont été asphyxiés et brûlés ? J’ai, en mémoire, la vue de longs convois, de femmes et d’enfants se dirigeant vers ce bâtiment. Pauvres femmes, courbant l’échine sous les coups des SS, et protégeant leurs petits autant qu’elles le pouvaient.

Certain jour, volontaire pour un déplacement dans le camp, je fais la rencontre de la corvée de ramassage de morts : un chariot traîné par 60 hommes et, dans ce chariot, pêle-mêle, les cadavres nus de dizaines d’hommes.

J’ai vu ce convoi s’arrêter devant une infirmerie et s’emplir d’une nouvelle cargaison d’hommes nus, de moribonds qui remuaient encore.

FAIT-DIVERS …

Quelques jours plus tard, appel dans notre baraquement et en route, par cinq, vers les douches. Sommes-nous promis à une séance d’extermination ?

Là-bas, à quelque cent mètres, les cheminées des fours crématoires crachent leurs flammes. Notre cœur bat fort.

Nous voici dans un grand bâtiment. Nous nous déshabillons, puis les uns derrière les autres, pénétrons et stationnons dans un long couloir où souffle un violent courant d’air qui nous glace.

Un SS, grand gaillard d’une force herculéenne, se promène de long en large tenant en laisse un énorme chien. Tout à coup, à quelques pas de moi, il s’arrête … Qu’a-t-il aperçu ? Sa face bestiale rougit : il murmure je ne sais quoi entre ses dents. Il est terrible à voir. Il s’approche, lève le bras, et, en grognant, comme une masse laisse retomber son poing sur la tête de mon voisin. « Yude … (Juif, Juif), cochon, cochon » brame-t-il.

Un éclair traverse mon cerveau, je viens de comprendre. Mon voisin, Juif, avait réussi, jusqu’à ce jour à cacher la marque de sa religion mais, hélas, sa nudité vient de le trahir.

Le SS fait quelques pas, le regard fixe : puis, d’un geste bref sort de sa poche un énorme coutelas de chasse, l’ouvre, se précipite à nouveau sur mon voisin et, horreur, mutile ce dernier au bas-ventre…

Ma vue se trouble. Un flot de sang coule à terre : l’homme s’affaisse sur les genoux.

Un commandement : le chien bondit sur le patient. Une lutte terrible s’engage. L’homme tente de se dégager, le chien saisit un bras qu’il broie, puis une jambe dont les os craquent à leur tour. De sa gueule terrible il mord le ventre qui laisse échapper les intestins, puis c’est la gorge qu’il saisit …

Le SS sourit. De sa botte, il repousse le cadavre horrible à voir. Sa face bestiale s’éclaire. Il ouvre une porte, appelle, deux prisonniers se présentent. Par les pieds ils traînent l’horrible amas de chair qui disparaît.

Et nous sommes là, alignés, toujours immobiles. Le moindre mouvement déclencherait schlague et revolver.

Je suis pieds nus, dans le sang, avec des lambeaux de chair épars autour. Le SS a repris sa marche. Son chien se lèche les babines. Quelques minutes plus tard, je l’aperçois, là-bas, au fond du couloir, qui frappe à nouveau.

Le temps passe. Enfin on nous fait avancer et nous défilons bientôt devant un prétendu médecin qui nous examine un à un. Je remarque qu’il note, dans un calepin, le numéro matricule de certains d’entre nous. Mon tour arrive, il n’inscrit rien. Je n’appartiendrai pas à la liste des sacrifiés du jour, à la cargaison humaine que le moloch nazi, insatiable, s’apprête à dévorer.

(A suivre)

(suite)

Le 12 mai 1944 l ‘appel à lieu comme d’habitude, à 4 heures du matin, sous une pluie battante et dure près de deux heures. Nous sommes trempés jusqu’aux os.

Enfin, l’ordre est donné de rentrer dans nos baraquements. Vivement, nous nous déshabillons pour nous sécher, quand, vers 9 heures, rassemblement général.

De nouveau, nous voici dehors. En colonne, par cinq, nous partons vers les fours crématoires. L’émotion est grande.

Soudain, la tête de la colonne oblique vers la gauche et nous sommes conduits à un quai d’embarquement ou stationnent 50 wagons. Une distribution de vivres, et nous embarquons 50 par wagon.

Autour de nous, une centaine de femmes piochent. Aucun bruit, si ce n’est les coups sourds de la cravache d’un S.S. sur le dos des femmes, ou le grognement terrible d’un molosse qui vient de saisir à pleine gueule, un bras ou une jambe.

Nous partons. Des hautes cheminées, le vent rabat sur nous une fumée d’une senteur affreuse. Adieu Auschwitz, camp de mort. 400 camarade hélas, en auront été la proie.

A BUCHENWALD

14 mai 1944 – Voici deux jours que nous voyageons. Ces jours n’ont rien de comparable à notre voyage d’aller ; nous pouvons nous allonger, nous rafraîchir, manger ; les sentinelles sont moins féroces. Ainsi nous arrivons à Buchenwald.

Le débarquement est moins terrible que celui Auschwitz, mais les molosses sont toujours présents. Nous sommes acheminés vers le camp distant d’environ 1500 mètres.

Douchés, tondus à nouveau, nous recevons des habits rayés en piteux états, mais nous conservons nos énormes sabots de bois.

Je suis affecté au block 57. Notre chef de block, détenu politique allemand anti-nazi qui avait juré de « faire crever tous les français », se conduit à notre égard en véritable brute, supprimant notre nourriture, nous faisant nous lever à minuit pour passer l’appel dehors par temps de pluie et nous laissant ainsi deux heures au garde à vous.

La vie est terrible en ce block où aucune hygiène ne règne. Au cours de la première quinzaine, je subis 11 vaccination. Nombreux furent mes camarades qui trépassèrent.

Vers le vingtième jour, je suis affecté à la carrière. Lever à 4 heures, toilette, appel, départ du camp à 6 heures au son d’une fanfare (le travail par la joie…) encadrés par les S.S. et leurs chiens, travail sans arrêt jusqu’ à 18 heures, retour au camp, appel des heures durant, au garde à vous sur la grande place ; enfin distribution d’un litre de soupe, coucher (22 h, 23 h ou minuit). Chaque jour des camarades tombent malades. Dirigés sur l’infirmerie, anti chambre du crématoire, nous ne devions jamais les revoir.

Mon travail à la carrière continue. Je suis affecté à la traction d’un chariot sur rail. Nous sommes 60 qui, au moyen de cordes, tirons sur l’engin chargés de 2 tonnes de pierres. Il faut faire 18 voyages en 24 heures. Le sol est glissant et la dénivellation du terrain est énorme. Lorsque le chariot n’avance pas assez vite, le S.S. frappe, frappe. Quelquefois un homme tombe, un S.S. se précipite et à coup de bottes, il achève celui qui ne peut se relever ou lance son chien… le soir, nous traînerons un cadavre de plus au four crématoire.

Cette semaine, le block est puni, car nous n’avons pas observé, au cours de l’appel, un garde à vous impeccable.. Corvée terrible, cette corvée de transports d’excréments humains pris dans une grande fosse de 50 mètres au carré, profonde de 6 mètres. Au moyen de seaux fixés au bout d’une perche, il nous faut plonger dans la matière, la remonter et la déposer dans une sorte de baquet fixé à un brancard et puis, transporter le tout à 1 km. Un S.S. surveille le travail. Il s’approche d’un détenu, et d’un coup d’épaule le projette dans la fosse. Le malheureux se débat, appelle, crie, implore et la noyade affreuse s’effectue. Le corps disparaît dans la fange. Le S.S. sourit. Chaque jour deux à dix détenus sont ainsi exterminés.

(A suivre)

(suite)

16 juin 1944 – J’ai été appelé à l’arbeit-statistique (bureau de la statistique du travail) pour subir un examen d’ingénieur mécanicien, et toute cette journée a été occupée en examen divers.

J’apprends que je suis reçu. Le 18 juin, je prends rang dans les colonnes des travailleurs d’usines.

Je suis heureux car je quitte le block 57 et je suis affecté au grand camp, block 14. La discipline est toujours rude, mais moins sévère et je retrouve quelques amis du bourbonnais. Mon travail est très bon : fabrication et montage de pièces électriques destinées à la V1.

14 août 1944 – Au matin, à l’appel, un de mes meilleurs camarade est désigné pour aller au block des cobayes (ainsi appelé par nous, car dans ce block, les détenus servent aux expériences des médecins allemands). Notre séparation est terrible. Je ne devais jamais le revoir (il était père de trois petits enfants qu’il adorait).

24 août 1944 – A 12 heures, alerte aux avions. Nous évacuons l’usine et nous nous dirigeons dans un petit bois distant de 100 mètres environs des ateliers. Quelques minutes après, les avions alliés passent, déversent leurs bombes. La terre tremble, je suis projeté, je reçois des pierres sur le corps. Des flammes s’élèvent, ce sont les bombes incendiaires qui s’allument.Douze minutes de bombardement et les usines sont complètement détruites.

Hélas, près d’un milliers de camarades sont tués, deux à trois mille blessés plus ou moins grièvement.

Les heures qui suivent ce bombardement sont terribles. Pas d’eau, aucun pansement, aucun médicament. Les docteurs détenus se dépensent de leur mieux. Il faut amputer sans anesthésie, les cris sont horribles, les blessés sont déposés en plein air, à même le sol. Il règne une puanteur affreuse. Les vers se mettent dans les blessures. Je transporte les morts au four crématoire. La, un S.S. fait, au moyen d’une hache, ouvrir la bouche des morts, et avec des pinces extraire les dents en or.

Nous sommes employés au déblaiement des usines sinistrés. Quelques appareils de précision ont été épargnés, nous les sabotons .

La vie est moins dure car 800 S.S. environs ont été tués, et sont remplacés par des soldats de la werhmacht. Mais la maladie règne (147 cas de typhus le même jour). Le four crématoire crache jour et nuit, la fumée et les flammes rouges à pleine cheminée.

3 septembre 1944 – Nous sommes une quarantaine de camarades ingénieurs-mécaniciens qui avons été appelés ce matin et formons désigné pour aller travailler à Weimar, ville distante de 12 km.

Certains jours, nous prenons le train, d’autres jours, le camion et quelquefois nous allons à pied. Même travail qu’aux usines de Buchenwald, dans un petit atelier de mécanique civile réquisitionné.

Pendant quelques mois la vie sera douce en ces lieux, mais lorsque le soir il faut regagner le camp, un frisson nous parcours l’échine.

15 décembre 1944 – Il fait froid, – 20°. Nous rentrons au camp, qu’apercevons nous ? Ligotés nus à la porte d’entrée, deux camarades, qui paraît il, auraient tenté de s’évader. Deux jours nous défilons devant, deux avant qu’ils meurent par ce froid terrible.

Depuis quelques jours de nombreux civil arrivent et nous remplacent à notre travail (civils évacués de la Ruhr). Qu’allons nous devenir .

(A suivre)

(suite)

24 décembre 1944 – Noël approche. Le ravitaillement devient de plus en plus rare : plus de margarine. Chaque jour une soupe aux rutabagas (ou plutôt une gamelle d’eau chaude dans laquelle on cuit quelques rutabagas plus ou moins épluchés) et 150 grammes de pain, c’est tout. Nous avons faim, très faim. Le froid sévit. Pas de chauffage. Les blocks ne forment que d’énormes glaçons. Les camarades, par dizaines, sont atteints de pleurésies et pneumonies. Un grand nombre est dirigés sur le Revier (infirmerie), puis, hélas, sur le crématoire.

Aujourd’hui, dimanche 24 décembre, la soupe est immangeable. J’ai froid. J’ai faim. Je vais rendre visite à mon camarade Duffar, moulinois comme moi, logé dans un block voisin.

Je le trouve debout, devant un poêle qui, oh ! bonheur ronfle. Je m’approche. Nous parlons. Mon camarade me traîne à l’écart et me montre avec précaution … une pomme de terre, que, par un chef-d’œuvre d’adresse, il a réussi à se procurer et à cacher. A mes yeux fiévreux ce petit tubercule, est comme un sourire du monde civilisé. Nous coupons notre bien en rondelles que nous faisons cuire sur le poêle, une par une … tout en surveillant certains Polonais qui n’hésiteraient pas à nous frapper pour nous voler.

Combien délicieuses, nous les trouvons ces quelques rondelles ! Notre réveillon de 1943 ! Ce partage d’une pomme de terre à deux, lorsque la faim vous tenaille, reste dans ma mémoire comme le symbole même du dévouement fraternel, de la véritable amitié dans le malheur …

DORA-NORDHAUSEN

4 janvier 1945. – Nous sommes appelés pour un nouveau départ. On nous conduit en gare. Dans le train qui stationne, des centaines de détenus sont déjà parqués. Un wagon nous est destiné. Nous embarquons. Une odeur terrible règne ici. Nous sommes 43 et déjà 40 détenus avaient pris place.

Ce train démarre. Nous apprenons que nous sommes avec des juifs Hongrois. Nous nous regardons, car nous savons que tous les convois juifs sont destinés à être exterminés et dirigés vers des camps spéciaux.

Pendant deux jours et deux nuits, nous roulons. Il fait froid. Trois juifs malades sont morts. Immédiatement, ils sont déshabillés par des camarades qui prennent leurs vêtements. Enfin, le troisième jour, vers 21 heures (trois jours sans nourriture), la porte du wagon s’ouvre, et nous débarquons. Quelques coups de feu pour nous intimider peut-être et en colonne par cinq, nous partons. Nous avons sous les yeux un horizon féerique. Le sol est recouvert d’une couche de neige de 50 centimètres, à notre droite, une montagne s’élève où des milliers de lampes électriques brillent. Un grondement terrible sort des entrailles de cette montagne. Nous entendons des détonations, des bruits formidables de machines qui grincent, des chutes de pierre. Nous apprenons que nous sommes à Dora-Nordhausen.

Cette fois, je frissonne. La réputation de ce camp est terrible, c’est la mort qui nous attend. Nous arrivons au camp, stationnons sur une grande place. Nous sommes glacés, le vent souffle, la neige voltige. Il est minuit. Des policiers du camp (laguerchuts) arrivent et à grands coups de matraque, dirigent les juifs vers une baraque voisine. Des hommes tombent qui ne se relèveront plus. Un SS, sort son revolver et tire dans la colonne pour accélérer la rentrée, et des corps gisent sans vie …

A notre tour, nous sommes appelés et dirigés vers un autre bâtiment, celui des douches. La porte se referme, nous nous allongeons sur le ciment humide et nous nous endormons.

(A suivre)

(Suite)

10 janvier 1945 – Ce matin on nous informe que nous partons travailler hors du camp. Qu’allons-nous faire ?

Un Kapo, prisonnier de droit commun, à face de brute, vient nous prendre et par cinq nous franchissons, au son d’une musique de cirque, la porte de sortie.

Nous voici bientôt au pied de la montagne voisine. Un bruit d’enfer sort de ses entrailles.

A l’entrée d’un tunnel nous apercevons des hommes, torses nus, poussiéreux, d’une maigreur affreuse, poussant des wagons chargés de pierres. Les Kapos crient, les SS frappent, les wagonnets n’avancent que lentement, très lentement. Nous sommes aux carrières d’extraction.

Dirigés sur une baraque, nous y sommes munis chacun d’une pelle ou d’une pioche. Un frisson me parcourt. Je me rappelle Buchenwald, sa carrière … le chariot … les coups … les morts innombrables.

Notre travail consiste à niveler le sol du tunnel et à transporter les détritus de roc à quelque cent mètres.

Il fait froid, très froid. Certains camarades n’ont guère de force de lever leur pioche. Les SS frappent, frappent terriblement.

Tout à coup, de grands cris. De l’entrée du tunnel sort un groupe : 3 prisonniers avec deux SS. Que se passe-t-il ? On nous appelle. Les trois prisonniers dont les mains sont liées dans le dos reçoivent l’ordre de descendre dans une tranchée profonde d’environ 1 m. 75. Les voici au fond, debout l’un contre l’autre. On nous donne l’ordre de combler le vide tout autour. Nous enterrons nos camarades vivants. Il faut faire vite, car cinq SS sont là, nerveux, impatients. Nous recevons force coups de pieds.

Le travail se termine. Que va-t-il se passer ? Les SS nous font prendre à chacun une brouette que nous chargeons de pierres, puis d’un geste ils nous désignent les têtes qui là-bas émergent du sol ; je ne comprends pas. Un SS sort son revolver et crie. Alors la chose horrible se produit. Nous prenons chacun les brancards de notre brouette et l’un après l’autre nous partons. Il faut écraser cette tête. Si la roue passe sans toucher, le SS tire une balle. Voici mon tour, mes jambes flagellent, je pousse comme un fou la brouette, je n’ose regarder devant moi, pourtant, un choc, je suis passé …

C’est fini. Les SS sourient, parlent entre eux et fument une cigarette … Là-bas un mètre carré environ de terre rougie.

Un commandement : il nous faut déterrer nos camarades. Et ce soir, nous reprendrons la route du camp, traînant à la corde les corps mutilés.

février 1945 – Je viens d’être appelé au tunnel par un ingénieur parlant français qui m’informe que je vais avoir un atelier mécanique à monter, et me donne des directives à ce sujet. Je vais ainsi devenir chef d’atelier. J’aurai avec moi, trente camarades, plus quelques Russes et Polonais.

En quelques jours, je fais installer les machines-outils, et bientôt l’atelier tourne.

J’ai un papier spécial de l’ingénieur nous exonérant de corvées lourdes. Les SS sont surpris lorsque je le leur présente. Le papier m’a sauvé la vie ainsi qu’à tous mes camarades.

La discipline est rude au tunnel. La section voisine n’a pas assez produit hier. Ce matin le SS de service a fait accrocher un bois de 80 millimètres au carré sur 5 mètres de long au crochet d’un palan et les six premiers prisonniers qui se sont présentés ont été pendus. Nous avons travaillé 12 heures avec nos camarades au-dessus de nos têtes (le rendement a, parait-il, été supérieur.

(A suivre)

(Suite)

La vie au camp est terrible . Plusieurs fois nous avons changé de block. Les polonais nous frappent, nous font subir toutes les vexations possibles. Nous n’avons plus de nourriture, plus de pain, ni de margarine ; quelques pommes de terre (deux ou trois chaque soir en rentrant du travail). La vermine nous ronge, nous maigrissons à vue d’œil. La mortalité est telle que le crématoire ne peut plus bruler les morts. Alors les bûchers s’élèvent et une odeur affreuse s’abat sur le camp.

L’avance russe continue, et devant elle, les camps sont évacués. Les camp de Breslau, Dresde sont replié à Dora.

Chaque jour arrivent des convois. Les hommes sont de véritables squelettes. Des milliers sont morts en route, ou tombent à l’arrivée. Le 18 février, un convoi arrive par fer ; plus de 1000 morts dans les wagons. Pour aller de la gare au camp, certains prisonniers n’en peuvent plus ; les S.S. revolver au poing, leur loge une balle dans la tête ? Des centaines de morts jonchent notre route qui conduit au tunnel. Visions affreuse.

21 mars 1945 – Nous sommes de service de nuit. Nous rentrons au camp à 9 heures du matin.

Qu’apercevons nous sur la grande place ? Une cinquantaine de cadavre. Le sang a coulé à flot dans les caniveaux. Un abattoir ! Renseignement pris, il paraît que dans la prison il y a eu mutinerie et que, fous de rage, les SS ont immédiatement fusillé cinquante prisonniers.

Nous rentrons au block et nous nous couchons. A peine sommes nous endormis que nous devons regagner la grande place. Que va-t-il se passer ? Hélas, dès l’arrivée, nous comprenons.Trois gibet se dressent. Nous resterons trois heures, soixante de nos camarades sont pendus sous l’œil narquois des SS., officiers et simples soldats, qui le sourire aux lèvres, fument des cigarettes.

Derniers jours de mars – L’aviation alliée bombarde nuit et jour les environs. Les SS sont furieux. Un adjudant, surnommé « le tueur » , sort de plus en plus son revolver : un geste bref et un homme d’abat.

Nous ne touchons plus de pain, seulement 1 litre d’eau avec quelques tranches de rutabagas. La mortalité est énorme. Chaque jour, des monceaux de cadavres s’entassent près des fours crématoires, qui, pourtant aidés par de nombreuses fosses et buchers, brulent nuit et jour. L’atmsphère dans le camp est irrespirable. L’odeur de mort nous suit partout.

9 avril 1945 – L’avance américaine se précise. Nous entendons le canon au loin et notre coeur bat fort.

Sans nourriture, nous pouvons à peine marcher. Les camarades tombent.

Nordhausen vient d’être bombardé. La ville flambe et au loin, toujours le son du canon. Allons-nous être bientôt libérés ?

Hélas l’ordre arrive de prendre sa couverture, sa gamelle et de se rendre sur la place.

Mais que se passe-t-il ? Des hurlements se font entendre dans cette direction, des claquements secs … j’arrive avec quelques camarades : les SS aidés des kapos polonais, frappent les prisonniers à coups d’énormes matraques. Les hommes tombent et sont piétinés, les têtes éclatent sous les coups.

Pourtant il faut passer. Je m’élance, j’échappe à un coup de droite, je cours, je bondis sur les cadavres, je trébuche, je tombe, je me relève quand un coup terrible sur le dos me couche à nouveau, je repars et me voici enfin sur la place. Je me range immédiatement dans un rang.

Les SS revolver au poing, sont fous. Ils tirent à tout instant. Devant moi, un homme âgé ne s’aligne pas. Le SS s’approche, étend le bras et la tête de mon infortuné camarade éclate. Je suis éclaboussé de matière cérébrale.

Enfin un ordre bref. Nous quittons le camp. Adieu Dora …

(A suivre)

(suite)

BERGEN-BELSEN

Malgré notre faiblesse, il nous fait marcher vite. Pourquoi fuyons nous ? Allons nous échapper à nos alliés ? Nous voici en gare. Plusieurs trains sont prêts. Il nous faut embraquer à 80 dans des wagons tombereaux bâchés qui servaient au transport des V1 et des V2.

Pendant 4 jours, nous roulons. La faim et la soif sont terribles. Nous passons par une grande ville complètement détruite : Hambourg. Ou allons nous ? Quand allons nous être ravitaillés ?

Les SS qui nous gardent sont de véritables brutes. Un geste et vous êtes abattu comme un chien. Devant nous, ils ouvrent des boites de conserve, coupent des tranches de pain, boivent à leur bidon rempli de bière.

Huit jours passent. Dans un coin du wagon, dix cadavres sont étendus. Une soif indicible nous tenaille. Bien des camarades sont fous. Chaque nuit est une nuit de terreur. Nous nous étranglons les uns les autres. Plusieurs russes boivent leur urine. Nous sommes tous d’une faiblesse extrême.

Enfin un arrêt. Nous débarquons : Bergen-Belsen. Spectacle terrifiant de ces centaines de morts sortis des wagons et allongés à même le sol.

Je soutiens de mon mieux deux camarades épuisés et nous voici en colonne par cinq. Nous nous dirigeons vers une grande route distante de nous de quelques cents mètres.

Les SS sont furieux . Ils crient, frappent. Certains camarades qui ne peuvent suivre, titubent sur la route. Un SS s’approche et d’un geste sort son revolver ; un claquement sec, une balle dans la tête, l’homme tombe. Le SS s’approche d’un autre et la tuerie continue.

La colonne s’avance. Nous voici sur la route. Là, vision heureuse : des centaines de soldats allemands trainent leur matériel ! C’est l’armée en déroute ! C’est le 1940 allemand !

Plus loin, nous rencontrons une compagnie française de la « légion contre le bolchevisme » Nous voyons avec rage les trois couleurs françaises sur leurs épaulettes. Devant nous ils baissent la tête. Ils sont en déroute eux aussi. Victoire : nous leur crions notre dégoût.

A notre droite, voici un grand camp. Nous y obliquons. Nos SS sont de plus en plus énervés. Les coups de revolver claquent toujours. Nous franchissons une grille. Nous entrons dans une caserne. Le mobilier est dans un désordre indescriptible. Des paillasse traînent à terre. Nous nous écroulons dessus et nous nous endormons. Il y a huit jours que nous n’avons ni bu ni mangé.

15 avril au matin – Le jour se lève. Le canon gronde. La mitrailleuse crépite. Nous sortons dans la cour. Plus de SS. A quelques cent mètres, des soldats allemands s’enfuient en tirailleurs.

Nous avons faim, nous avons soif. Près de nous, des camarades russes cueillent des feuilles et des fleurs de saule. Nous faisons de même et les mangeons ensemble. Je descends dans une cave. Il y a là une chaudière de chauffage central. Je vois au niveau d’eau qu’il en reste un peu à l’intérieur. J’appelle un camarade, nous brisons le verre et l’eau coule. Nous buvons, buvons, buvons encore. Quel délice !

La bataille fait rage. Une usine situé à 1500 mètres environ du camp vient de subie le bombardement par l’artillerie, puis par avion. Elle cachait de nombreux tanks.

Le tir a été magnifique. L’usine n’existe plus.

15 avril – 15 heures – La bataille de chars fait rage. La division de SS ne veut pas se rendre. Les tanks brûlent dans les deux camps. Puis, de la forêt, sort un renfort de tanks anglais. C’est un grondement terrible . Les grenadiers SS se lancent pour faire sauter les machines alliées. Une rafale de mitrailleuse. Les voici couchés à jamais. Une deuxième et troisième vague subissent subissent le même sort. Les canons crachent la mitraille à pleine gueule. L’ennemi recule, recule. C’est la fuite. La bataille est gagnée !

(A suivre)

(Suite et fin)

ENFIN LIBRES !

16 HEURES – Les premiers engins blindés entrent dans le camp. Nous délirons. Nous embrassons nos sauveurs noirs de fumée.

Mais ceux-ci nous regardent avec effroi. Nous sommes en effet d’une maigreur extrême. Des centaines de camarades sont couchés à terre. Les morts gisent en tas. Il semble que les Alliés ne comprennent pas. Un lieutenant demande des explications. Quelques heures après, nous aurons de l’eau, quelques biscuits.

Nous apprenons que certains SS, dont le chef du camp, ont été faits prisonniers. Nos « kapos », nos chefs polonais, nos chefs de blocks ceux qui, pendant des mois, nous ont torturé, sont eux aussi, prisonniers. Une rage folle nous prend. La chasse à l’homme s’organise. A notre tour, nous frappons, nous égorgeons. Le sang coule. Nous sommes ivres. Les Alliés nous regardent faire, le sourire aux lèvres. En deux heures, 18 bandits sont exécutés.

Mais les privations que nous avons subi à Dora depuis ces trois derniers mois, puis les huit jours de jeûne lors de nos transport, nous ont affaiblis et nous sommes à l’extrême limite de nos forces. Autour de nous, partout des morts, les cadavres en tas. Ici, aucun four crématoire. Creuser des fosses, nous n’en avons pas la force. Les cadavres sont transportés dans un champ et forment une vraie montagne.

20 avril 1945 – Ce matin, un de mes camarades, docteur, vient me voir. Il m’invita à le suivre au camp de Benlsen (femmes), car il doit accompagner, en visite, une mission de Croix-Rouge anglaise, arrivée hier par avion.

Jamais je n’oublierai la vision horrible de ce camp. A perte de vue, entre des baraquements, des cadavres squelettiques, la peau et les os (30 à 25 kgs). Certaines femmes se traînent encore, des sons horribles sortent de leur bouche, elles sont folles. Ici deux cadavres forment un couple qui s’étrangle.

Dans l’ensemble du camp, plus une feuille, plus un brin d’herbe, le bois même a été rongé.

Entrons dans un baraquement. Une odeur cadavérique nous prend à la gorge. Partout des cadavres, encore des cadavres. Voici trois semaines que les SS ont supprimé l’eau et l’alimentation à ces malheureuses femmes.

Les infirmières anglaises regardent ce spectacle. Aucune parole. Beaucoup d’entre elles pleurent …

Le typhus, la dysenterie règnent en maîtres parmi les survivantes.

Les Anglais demandent des volontaires pouvant faire 10 kms à pied pour être évacués ensuite. Bien que faible (42 kgs pour 72) je m’inscris avec quelques camarades et, quelques jours après, une colonne de camions de ravitaillement nous descendra à l’arrière du front.

Nous partons. Adieu à jamais Bergen-Benlsen, lieux maudits. Adieu chers camarades qui avez succombé à l’aube de la liberté.

Serez-vous un jour vengés ?

A lire

Les médecins de l’impossible de Christian BERNADAC

Ci dessous les différents chapitres du livre de Christian BERNADAC;

Résumé

  Introduction

Voici les paroles d’Antoine de Saint-Exupéry qui introduisent l’œuvre :

« On n’a jamais le droit de tuer un homme parce qu’on ne sait pas les images qui sont au fond de ses yeux. »

  Chapitre I. Une grande première

Description d’une expérience dans une chambre à basse pression au Camp de Dachau. Cette expérience, la première à avoir été tentée dans un camp de concentration, consistait à simuler les conditions d’un vol en haute atmosphère.

  Chapitre II. La mort qui venait du froid

Description d’expériences consistant à plonger le corps d’un déporté dans une cuve d’eau glacée surnommée la piscine en glace, et à chercher le meilleur moyen de réchauffer le détenu, afin de tester les moyens que devront mettre en œuvre les membres de l’armée de l’air lorsqu’un pilote tombera dans la Manche.

  Chapitre III. Nini, nous serons millionnaires

Description des expériences et de la découverte du Polygal 10, cachet permettant le ralentissement d’une hémorragie, donc très utile pour les soldats touchés par balle.

  Chapitre IV. Opération New York

Ce chapitre concerne le projet de bombardement des États-Unis évoqué par Himmler : « Vous verrez, avant la mise au point des armes spéciales, nous enverrons des avions sur les États-Unis. Et ils tomberont sur le cul, ces naïfs qui se croient à l’abri sur leur île. Nous ferons de l’Amérique une seconde Angleterre ». La traversée de l’Atlantique aurait posé des problèmes pour les pilotes. Commencèrent alors des recherches sur l’eau de mer afin de la rendre potable.

  Chapitre V. LSD ou Sérum de vérité

À la suite du Complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler, Himmler donna l’ordre à l’Ahnenerbe de commencer des recherches sur les effets de deux drogues issues de plantes mexicaines, le Peyotl et le Sinicuichi. Ce chapitre décrit des essais des drogues sur les détenus et leurs effets.

  Chapitre VI. Les petits lapins de Ravensbruck

À la suite de l’assassinat de Reinhard Heydrich, « qui équivaut à une bataille telle que nous n’en avons jamais subie » (propos de Himmler), des recherches destinées à évaluer l’efficacité des sulfamides lors de blessure par balles ont été entamées dans le camp de Ravensbrück.

  Chapitre VII. Les Jumeaux de Mengele

Description des observations faites par Josef Mengele, le médecin maudit le plus connu, à propos de jumeaux et des personnes touchés de malformation. Les recherches sur la gémellité avaient pour but la naissance de jumeaux pour toutes les femmes allemandes, ce qui aurait permis « le grignotement et l’occupation de territoires deux fois plus vite ».

  Chapitre VIII. Les collectionneurs

Évocation de ces médecins qui collectionnaient les squelettes des déportés atteints de malformations (nanisme, gigantisme, gibbosité) ou les tatouages de détenus.

  Chapitre IX. « Je ne veux plus voir de roses dans les camps… »

Ces propos furent tenu par Himmler à propos des homosexuels, le triangle rose étant leur symbole de marquage dans les camps de concentration nazis, et marquèrent le début des stages de guérison des homosexuels.

  Chapitre X. Pour voir

Ce chapitre concerne les expériences dans lesquelles des tests de médicaments, de drogues, d’ablations d’organes, étaient organisés afin d’en observer les conséquences. Des essais de nourriture furent aussi testés dans le but de fournir à la Wehrmacht une nourriture sur le front de l’est.

  Chapitre XI. L’affaire des poisons

Le suicide d’Himmler montra l’efficacité des poisons. Mais l’élaboration de tels poisons pour les dignitaires nazis fut l’occasion d’expériences.

  Chapitre XII. Les arbres secs

Ce chapitre a pour sujet la stérilisation des Juifs afin de stopper l’élan démographique. Le médecin chargé de tester une des méthodes au camp d’Auschwitz était Carl Clauberg. Ces expériences sont certainement les pires subies mentalement pour les détenus.

  Chapitre XIII. La guerre archaïque

Des moyens de lutte contre les gaz de combat furent mis au point dans les laboratoires d’expérimentation nazis, bien qu’Hitler trouvât cela stupide, considérant qu’il s’agissait d’une arme du passé.

  Chapitre XIV. L’action paratonnerre

Malgré sa condamnation des armes bactériennes, « Puisque je vous dis que je n’en veux pas. C’est impensable. Une arme à double tranchant. Un boomerang qui peut vous revenir plus vite que vous ne n’avez lancé », Hitler accepta tout de même la mise au point de telles armes, qui ont failli être utilisées lors de la Libération de Paris.

  Chapitre XV. R.17 et poudre de perlimpinpin

Description d’expériences concernant les tests de R.17, poudre utilisable contre des brûlures comme celles provoquées par un bombardement, principale justification de la conception de ce composé chimique.

  Chapitre XVI. Un marteau-pilon pour tester un casque de football

L’exagération du titre du chapitre en dit long sur le contenu de ce chapitre. En effet ce chapitre nous montre la méthode utilisée par les médecins nazis afin de trouver un vaccin contre le typhus et la propagation des poux, deux maladies qui étaient très présentes sur le front de l’est et que tentait d’éradiquer la Wehrmacht.

  Chapitre XVII. Le doyen des médecins maudits

Ce chapitre concerne le professeur Klaus Schilling, âgé de plus de 70 ans lors de la Seconde Guerre mondiale car né le 24 juillet 1871. Ce professeur était chargé de recherches sur le paludisme.

  Chapitre XVIII. Les enfants de Neuengamme

À l’intérieur du camp de travail de Neuengamme, une baraque contenait certainement plusieurs centaines d’enfants ayant subi des expérimentations.

  Chapitre XIX. Des enveloppes humaines vides

Ce chapitre concerne la mise en application du programme Aktion T4, selon lequel Hitler envisageait d’interrompre l’existence des aliénés gravement atteints. « Ceci permettait également un moyen d’économie de trois cent un millions de Reichsmarks ». Un grand nombre de ces euthanasies eurent lieu dans la ville d’Hadamar.

  Chapitre XX. Aujourd’hui

Christian Bernadac tire une conclusion, dans laquelle il évoque la non découverte de nouveaux produits. Il évoque également le fait qu’aucune association contre les expérimentations humaines n’existe tandis que plus de 10 000 existent déjà pour l’expérimentation animale bien que certains chercheurs rêvent de travailler sur le vivant.

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